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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 18:19

En me faisant l’écho de cette manifestation, je pense que certains vont m'accuser, comme au bon vieux temps, de « révisionniste », et que d'autres vont me traiter de « nostalgique » ou pire si non-affinité !

Si tel est le cas, c'est que je dois m'approcher du point d'équilibre...

 

 

 

 

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Published by Joseph
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grossmann 01/05/2016 14:22

[/{{"La fille qui venait d'un pays disparu"}} de Saskia Hellmund sera publié courant 2010, mais il est disponible auprès de son éditeur, Jean Lauria, e-mail: {{jlauria@live.fr}}/] _

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{« En se frottant les yeux, les enfants de la RDA ont découvert un autre monde. Il ya eu les curieux, les courageux et les inquiets. Les soulagés, les bouleversés, les libérés. Ceux qui ont attaqué bravement et ceux qui sont restés à l’écart, seuls, de plus en plus solitaires. Aux uns ont poussé des ailes aux autres elles ont été coupées."}



J’ai rendez vous avec Saskia Hellmund devant l’église Saint-Médard à Paris. Comme je suis arrivée avec quelques minutes d’avance, je prends le temps de lire la pancarte qui rappelle l’historique de ce lieu célèbre pour les crispations populaires et religieuses. Une allusion aux iconoclastes protestants qui pendant les guerres de religion avaient pillé l’Église, un souvenir de ces jansénistes oubliés du XVIIIème, et des convulsions sur la tombe d’un diacre qui, parait-il, faisait des miracles. Le Roi en lutte contre ces pratiques superstitieuses et l'agitation populaire, avait alors ordonné la fermeture du cimetière. Le lendemain, sur les grilles fermées, un plaisantin avait placé un écriteau où on lisait «De par le Roi, Défense à Dieu, de faire des miracles en ce lieu».

Qui se souvient de cette querelle janséniste dépassée, de ce mysticisme populaire effacé par le rationalisme triomphant? Des débats d’arrière-garde, décalés, une époque qui n'existe plus, mais qui a insidieusement ancré son empreinte dans notre culture. L’histoire est sélective, elle nie parfois des pans entiers de mémoires d’hommes invalidées par le présent. D'Allemagne de l’Est, les mots de Saskia me reviennent. A l'école, on l'avait obligée à visiter un camp de concentration au nom du "devoir de mémoire", parce que les nazis avaient "bien sur" tous été chassés par l'armée rouge. L'aveu qui suit est brutal et douloureux : {"J'ai eu un grand père qui a été membre de la Waffen-SS, les pires, les mains les plus sales. Mais de cela on ne parlait pas. Jamais ... la RDA n'était pas à un paradoxe près"}. Une société de paradoxes, qui pour le bien accepte de faire l'innommable. Elle décrit : {« J’ai grandi dans une société basée sur des valeurs à la fois idéalistes et corrompues. Une prison oppressante et une invitation à croire en le meilleur de l’homme. »}

La simplification née des conceptions de la guerre froide et du monde bipolaire a occulté les systèmes complexes, remplis de tous ces paradoxes qui caractérisent les régimes soviétiques. La RDA était le satellite d'un système corrompu. Une impasse idéologique à laquelle on a, semble-t-il, définitivement tourné le dos, peut être sans comprendre que certaines idées resurgissent dans d’autres époques et dans d’autres lieux.









{« A l’heure d’une crise profonde du système du marché libre, les expériences et les savoir-faire des gens qui ont connu plus d’un modèle de société pourraient pourtant redevenir importants. Si on veut bien les écouter, ils vous parleront de la primauté du lien social. Ils vous raconteront comment on peut vivre heureux sans consommer. Ils vous diront la nécessité d’un État qui contrôle un minimum l’économie et qui planifie et investit suivant les besoins de la population.

Ce sont souvent des gens humbles et pleins d’imagination qui rêvent d’un monde meilleur.

Qui portent dans leur cœur la blessure d’un rêve avorté.

Qui seront les premiers à se battre pour pouvoir le réaliser enfin. »} _ _

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{3{ Rencontre avec une allemande de l'Est}3}

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- {{ Quand on évoque la Chute du mur, on a souvent en tête les scènes de liesse. Dans votre récit, vous avez été réjouie, mais vous avez aussi "beaucoup pleuré". Vous exprimez la souffrance et la douleur.}}

{« La chute du mur a détruit un huis clos. Ceux qui y ont été enfermés se sont réveillés dans un ailleurs dont ils ont douloureusement appris que leur façon de voir et de faire les choses ne comptaient plus. Ils se sont retrouvés en porte-à-faux, anachroniques, ridicules. Inadaptés à leur nouvel entourage. La chute du Mur a détruit.} »



{{Saskia Hellmund }}: "Nulle part" Cette notion m’a troublée. Un jour, quelqu’un m’a demandé d’où je venais. J’avais répondu de RDA et il m’avait dit « Tu viens de nulle part ». J’ai été profondément choquée par ce raccourci. La question des origines est primordiale, Aujourd'hui, c'est 9 millions d'"Ossis" qui doivent renier toute une partie de leur vie : des proches, des amis, de la famille... Je ne suis pas seulement une allemande, je suis une allemande de l’Est. Cette souffrance n'est pas de la nostalgie. En Allemagne, il y a un grand manque de reconnaissance de ce qu'on a vécu, de notre culture. Dans les procédures administratives, sur ma carte d’identité je ne peux pas inscrire RDA pour mon lieu de naissance. Ça peut paraître anodin, mais pour moi c'est révélateur. Récemment, j'ai obtenu la nationalité française, et j'ai pu indiquer mon pays d'origine.

{« On ne peut nier le passé d’un peuple qu’au risque de le voir se détourner, perdre espoir, sombrer dans une paralysie profonde. Qui n’a pas d’histoire n’a pas d’avenir. »}

{{Saskia Hellmund :}} C’est un débat difficile en Allemagne. La dictature est un sujet tabou, elle est souffrance, et on refuse d’y voir certains aspects positifs. La RDA a été niée en bloc et avec elle, un peuple entier. Ça laisse la place au ressentiment, aux phrases comme «c’était mieux avant". A cette "Ostalgie" qui consiste à colorer le passé en rose, à se souvenir d’un paradis terrestre qui n’a jamais existé. Aujourd’hui quand je retourne voir ma famille, mes proches, Ils habitent toujours au même endroit mais ils ne se sentent plus chez eux. C’est triste, désolant, déprimant.

{«Le pays de mon enfance a disparu. Je suis orpheline. Il y a toujours les paysages, les villes, les maisons. Quand j’y retourne, je marche sur un champ de ruines. Signes extérieurs comme des usines fermées, des champs non labourés, signes intérieurs comme la passivité, la plainte, le regret. Aujourd’hui, l’Allemagne de l’Est est un pays dévasté.»}

{{Saskia Hellmund :}} Je raconte mon histoire, comme je l’ai perçue. Je ne parle pas au nom de tous les autres .J'écris beaucoup pour moi, j'en ai besoin. Dans mes autres textes, même lorsque j'invente, je pars toujours de quelque chose que j'ai vécu, c'est mon rapport à l'écriture. Ça me permet de dérouler ma pensée, de me comprendre aussi. Je ne veux pas revenir en arrière mais je crois qu’il est important d’avertir, de réfléchir. Pour l’Europe, la chute du mur est un événement d’une importance capitale. Elle a suscité l’espoir, donné la liberté. Elle a aussi détruit. Il est nécessaire d’accepter cela.

- {{Vous écrivez "délibérément"en français et vous dîtes « En Allemagne mes paroles ne seront pas entendues. Au niveau national, il est impensable de parler de perte, de dépossession, de regret». L'Allemagne de l'Ouest n'est elle pas encore prête à recevoir ce discours?}}

{{Saskia Hellmund :}} Aujourd’hui j’habite en France et je voulais partager mon histoire avec les gens qui m’entourent. Pour informer d’abord, on sait bien peu de choses sur l’Allemagne de l’Est ou du moins il y a une version officielle qui domine. Une version selon laquelle le peuple de la RDA a été libéré. Sans contester l’importance de la nouvelle liberté qu’on a acquise, témoigner de ce qu’on a perdu est impensable. C’est tout simplement inadmissible. Mais j’ai aussi décidé d’écrire en français car je n’aurais pas été capable d’écrire ce texte en allemand : j’aurais pleuré tout le temps. J'ai pourtant écrit comme j'écris en allemand, et je suis assez fière d'avoir réussi à émouvoir aussi en français.

{« [les dirigeants actuels] préfèrent insister sur le fait qu’une dictature est par définition un mal et ne peut comporter de bien. Erreur grave, erreur qui contribue à entretenir deux Allemagnes. »}

{{Saskia Hellmund :}} Bien sûr, le mur existe encore dans les têtes. Régulièrement dans les sondages on apprend que 20% des allemands à l’Est comme à l’Ouest voudraient le reconstruire. Pour les « Wessis », les « Ossis » sont des citoyens de deuxième classe, des « boulets » si on veut, qui tirent l’économie vers le bas, qui font augmenter les impôts, des assistés au chômage. Les préjugés sont tenaces, ils entretiennent une incompréhension mutuelle. J'aimerais pourtant que ce texte soit traduit en allemand car je le dédie à mes amis, mes proches qui ne peuvent pas le lire.

{«On peut aller plus loin, monter plus haut, mais également tomber plus bas. Je ne vis plus dans une société solidaire à cause d’un manque omniprésent, mais dans un système de concurrence avec un excédent de produits. Savoir bien faire semblant peut mener plus loin qu’un savoir-faire irréprochable. Le fringant supplante l’authentique, l’argent pervertit les relations sociales.»}

{{Saskia Hellmund :}} Je ne cherche pas à refaire l’histoire, mais je pense qu’une société libre, plus juste et plus solidaire est possible. J'ai vécu dans une dictature, avec toutes les contraintes que cela imposait. A l'école, les entrainements militaires, la duplicité des comportements adultes, le manque permanent. Mais le problème c’est que les Allemands de l’Est n’avaient jamais connu la démocratie, puisqu’ils sont passés directement d’une dictature à une autre. On pouvait tout à fait mener une petite vie tranquille en RDA, avec des compromis, des compromissions, on s’accommodait d’une double vie. Il y avait ce qu’on pouvait dire en privé et en société. J’ai toujours su quand je pouvais parler ou quand je ne pouvais pas, c’était intuitif, naturel. L’annexion a été voulue mais elle a été brutale. D'un seul coup, les diplômes ne valaient plus rien. On apprenait le russe, il fallait savoir l'anglais. Les savoir-faire devenaient invalides, les usines ont fermé. En 1989, 16 millions de personnes ont vu leur quotidien bouleversé et dévalorisé. On n’a pas tous réagi de la même manière. J'étais une adolescente lors de la chute du Mur. A mon âge, cet événement m'a sans conteste ouvert des perspectives inimaginables et formidables dans mes études, dans mes voyages.

- {{Dans votre récit vous exprimez cela.}}

{J’appartiens à une génération qui n’a pas beaucoup souffert des contraintes de la vie en RDA. Beaucoup de décisions difficiles comme l’adhésion au parti communiste ou à l’un des autres partis ne me touchaient pas encore. J’ai pu profiter des avantages d’une enfance sans soucis matériels, sans peur de l’avenir, sans peur de pouvoir être victime d’un crime. De plus, le Mur est tombé au bon moment pour moi, je pouvais pleinement profiter des avantages d’une liberté beaucoup plus grande. Étudier sans présélection idéologique,voyager librement, même m’installer dans un autre pays. J’ai donc beaucoup de raisons d’être satisfaite de l’évolution. Je le suis. Une vie en RDA m’aurait privée de beaucoup de choses dont j’ai besoin. Je ne pardonnerai jamais à ce pays de ne pas avoir respecté la liberté de l’individu. }

{{Saskia Hellmund :}} Nous étions nés du "mauvais" côté du miroir, il fallait se "réadapter". J’étais jeune, j’ai étudié à l’Ouest, changé de pays. Pour ma génération, l'adaptation a sans doute été plus facile mais pour les adultes de l'époque, beaucoup ont tout perdu. Mais je suis consciente d’avoir peut être évité le pire en n’ayant pas à faire les choix des adultes en RDA comme renoncer à la liberté d'expression ou adhérer à un parti politique. Mais les choix et la liberté offerts à l'Ouest a pu également dérouter plus d'un. Nous n'avions aucun modèle, nous étions livrés à nous mêmes, nos parents complètement dépassés par les événements.

« {A 16 ans, je me suis fait solennellement le serment de ne jamais adhérer à une cause politique et de ne jamais devenir membre d’un parti. La politique était finie pour moi. J’avais trop peur de me retrouver instrumentalisée et manipulée une seconde fois.

De plus cette expérience m’a appris très tôt que personne ne détient la vérité. Les idées qui se prétendent universelles sont les plus dangereuses. J’ai appris à me méfier des bonimenteurs et de la langue de bois. Je suis toujours prête à me battre pour une cause, mais jamais de façon exclusive, l’exclusivité mène au fanatisme. La conviction de pouvoir améliorer le monde justifie souvent l’emploi de la force contre ceux qui n’y adhèrent pas

Depuis ce temps, je porte un regard très critique sur tout ce qui m’entoure. Je scrute et je pèse avant de juger. Je défends plus que d’autres la liberté d’expression, même pour des opinions que j’abhorre. Le fait d’avoir été privée pendant toute mon enfance de ce droit fondamental me le rend infiniment précieux.} »

{{Saskia Hellmund :}} Comme je l'écris dans ce livre, la chute du mur m'a aussi fait grandir plus vite. Je réalisais l'ampleur de la manipulation et je me suis construite avec l'horreur de la pensée unique. Il faut toujours de la distance pour analyser les choses, être conscient de ne pas détenir une vérité universelle.

- {{Ce regard critique est permanent dans votre texte et dans votre vision des événements historiques, vous dites à propos de la Chute du Mur.}}

« Et la colère montait, les exigences s’envolaient. Le chaudron risquait de déborder. C’est ainsi que début novembre, un malentendu a provoqué un événement historique de dimension mondiale : la chute du mur. C’est arrivé par mégarde, par inadvertance pendant une conférence de presse internationale avec plusieurs membres du gouvernement. »

{{Saskia Hellmund }}: La liberté de voyager était au cœur des revendications des manifestants de « La Révolution paisible »pendant l’été 1989. On criait « Pas de violence! Vive la liberté ! » On voulait la liberté d’expression, la liberté de se rassembler, de voyager. Pour nous, en Allemagne de l'Est, la date importante c’est le 9 octobre, lorsqu’à Leipzig le gouvernement a renoncé à faire usage de la force contre les manifestants. La tension était palpable, ça aurait pu être un bain de sang. Les soldats attendaient juste l’ordre pour tirer. Mais finalement, l’armée n’a rien fait. On a frôlé le carnage. L’espoir était né, tout était possible. Ensuite, je me souviens très bien de cette conférence de presse. Le gouvernement voulait relâcher la pression en accordant le droit de passer la frontière librement. Pour quitter la RDA avant, c'était très compliqué quasiment impossible, ça pouvait prendre des années de procédures administratives, avec les inconvénients et la menace. Les ministres voulaient accorder plus facilement les autorisations, mais pas les supprimer. Un journaliste a demandé quand est-ce que les allemands pourraient passer la frontière; le ministre a bafouillé "tout de suite" . Dans la nuit, le mur tombait.

«{Tout d’un coup, les habitants de la RDA ont eu accès au monde entier. Un monde qui brillait de mille couleurs, qui répandait mille arômes, qui promettait mille bonheurs nouveaux. Ainsi, on a oublié le but initial ; réformer la RDA, y améliorer les conditions de vie pour en faire enfin un pays dont on aurait pu être fier. Qu’on aurait pu aimer de tout son cœur.»}

- {{Vous parlez toujours d'"annexion" et non de "réunification", quelle est la nuance?}}

{{Saskia Hellmund :}} La RDA a été annexée, l'Allemagne n'a pas été réunifiée. Ce n'est pas une nuance, c'est déterminant, même si cette annexion a été voulue par les allemands de l'Est qui ont voté massivement pour "la réunification". Mais au bout du compte, ce n’en est pas une. Réunifier, c'est conjuguer, métisser, mélanger. Pour la RDA, il n’y a pas eu de compromis ni de rapprochement. On a invalidé du jour au lendemain le modèle de la société. Le pays a disparu et on a remplacé l’ensemble de son système et ses valeurs. La chute du Mur a conduit à la disparition pure et simple de mon pays. Lorsque « Nous sommes le peuple » est devenu « nous sommes un peuple.», Helmund Kohl a fait sa campagne pour la réunification. J’étais dégoutée de le voir accueilli comme un messie. De voir qu’à nouveau, un dirigeant anéantissait toutes les revendications pour améliorer la vie en RDA. C’est à cette occasion qu’il avait dit : {« Personne ne vivra plus mal, tout le monde vivra mieux »}. Cette phrase a beaucoup marqué l'Allemagne de l'Est, elle a été reprise plusieurs fois pour exprimer le dégoût devant les événements qui suivirent. On a été impressionné, aveuglé par les supermarchés, les couleurs, le clinquant. On a oublié qu’avec le chômage on n’aurait pas forcément les moyens de se payer cette profusion de marchandises.

{« Vue de l’Est, la RFA ressemblait à un pays de cocagne. Les supermarchés toujours pleins de produits, jamais une seule queue, aucun manque, on devait juste tendre la main pour toucher le bonheur. Alors les « Ossis » se mettaient à rêver, à vouloir vivre dans ce pays enchanté. Dans ce rêve, ils sous-estimèrent la face sombre du système capitaliste, du marché libre. Chômage, criminalité, drogue, sans-abris pour les allemands de l’Est, tout cela n’existait qu’à la télé et ne correspondait à aucune réalité palpable ».}

- {{«Tout devait aller vite. Tout est allé trop vite.» Insécurité, chômage, concurrence, liberté : Vous comparez deux systèmes et vous dressez un constat très critique de la société occidentale? Que souhaitez-vous dénoncer dans ce témoignage?}}

{{Saskia Hellmund :}} Je trouve intéressant de témoigner d’une autre société qui fonctionnait radicalement différemment. Je trouve important de poursuivre un idéal fraternel et solidaire. Quand j’ai vu arriver la crise en 2008, je n'étais pas surprise, j'ai pensé voilà où vous allez, lorsque l’argent règne sur le système de valeurs. Je crois qu'on peut aussi fonder une société sur d’autres valeurs qui ont existé. J’entends toujours dire que la RDA était un pays communiste. En réalité, c’est faux, le communisme est une utopie, qui je pense ne sera jamais réalisée. On se disait "socialiste en voie pour arriver au communisme". C’était ça l’idéologie : on avançait vers un monde meilleur. Le problème du régime c’était de forcer les gens pour ça mais je pense que c'est important de garder un idéal.

- {{Vous écrivez :}} {« L’idéologie communiste promet autant de délivrance que le christianisme. Elle aussi mène au salut absolu. Elle a ses martyrs et ses saints, ses légendes et ses rituels. Le communisme parle sans cesse d’un monde meilleur, promis pour demain ou au plus tard après demain. Comme le paradis est proche, tous les moyens sont bons pour l’atteindre. En employant la force et la pression, l’individu libre est ainsi nié. »

« Mais il y a aussi le revers de la médaille. Quand un homme politique ou un intellectuel de l’Est dit ouvertement qu’il y a eu des choses bien en RDA c’est le tollé à L’ouest. Une grande partie des « Wessis » ne supportent pas l’idée qu’une dictature ait su garantir un emploi à tout le monde, qu’une dictature ait soigné ses habitants gratuitement, qu’une dictature ait rendu possible à toute mère de famille de travailler à plein temps. Qu’une femme puisse mener une vie professionnelle active et s’épanouir dans la maternité, c’est quasiment impossible en RFA. »}

{{Saskia Hellmund :}} Effectivement il y a une utopie, un idéal et une dictature. En RDA, il n'y avait aucune liberté, mais également très peu de chômage, beaucoup de crèches, d'écoles, des hôpitaux; Ce système a existé. Aujourd'hui, la question de la régression de la place de la femme dans l’Allemagne réunifiée est préoccupante. Il y a d'ailleurs toujours plus de crèches à l’Est qu’à l’Ouest. Une petite anecdote m'avait surprise. Un jour près de Stuttgart(RFA), je devais prendre rendez vous à la banque et je proposais de venir l’après-midi. L’employée m’avait alors répondu « Malheureusement j’ai un enfant ». Il n’y a pas d’école l’après-midi en Allemagne. Pour les femmes, c’est difficile de concilier la garde et le travail. Nombre d’entre elles travaillent à temps partiel. C’était impensable en Allemagne de l’Est. L’enfant n’était pas un handicap. Aujourd’hui, les problèmes de la garde conjugués avec d’autres comme le chômage ont conduit à une baisse de la natalité en RDA.

«{Ce qui a été particulièrement pervers en RDA, c’est que toutes ces horreurs ont été justifiées par le bien du peuple et même par le bien qu’on allait apporter à l’humanité entière.»}

- {{Vous dressez également un tableau très sombre de la dictature. Une idée m'a semblé très intéressante, vous ne parlez jamais de société égalitaire même si vous décrivez un nivellement faible des conditions sociales. Vous parlez de solidarité par le manque. }}

{{Saskia Hellmund :}} Le manque était omniprésent en RDA. Lorsqu'on a pu aller à l'Ouest on a été éblouis par toutes ces choses nouvelles. Je me souviens très bien : la vénération du DM, les supermarchés, les produits exotiques, le chocolat. Mais je pense, en tout cas pour moi, que j'ai été davantage sensible au formidable gâchis de la société qu'on m'offrait en retour, aux excès de la consommation occidentale, des comportements. Je ne veux pas dresser encore une fois un portrait en noir et blanc du système capitaliste et du système communiste. Indiscutablement il y a des côtés très sombres dans les deux. Je pense simplement qu'une société plus juste est possible, qu'on peut rêver d'une société libre et responsable. Je veux toujours croire en un monde meilleur.

[| {« Je serai toute ma vie une allemande de l’Est. Venue de nulle part en chemin pour aller quelque part.»}|]

Propos recueillis par Lucie Servin

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  • : Bienvenue sur une "ALLEMAGNE SOCIALISTE". Bonjour ! Ce bloc-notes virtuel fait par un Français a pour but de donner une autre image de cette autre Allemagne. Il s'appelle "Une Allemagne socialiste" car il traitera essentiellement de la République démocratique allemande (RDA) mais aussi parce que Joseph espère que ses voisins d'outre-Rhin construiront une Allemagne socialiste... --- Benvenuto su "UNE ALLEMAGNE SOCIALISTE" ("UNA GERMANIA SOCIALISTA").Buongiorno !
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