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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 17:17

Je m’efface devant cette critique de Barbara qui dépasse de loin tout ce que j’aurais pu écrire sur ce film ! En effet, les subtilités cinéphiliques  sont loin de constituer mon point fort.

Le lecteur assidu de ce bloc-notes se doute bien que je ne cautionne pas toutes les analyses politiques du critique…

Par ailleurs, j’estime que Good bye Lenin ! n’est pas « niais » mais volontairement naïf. De la même façon, La Vie des autres me semble plus glauque que « schématique ».

On remarquera que la RDA continue d’intéresser, voir de fasciner, un large public. Le nombre des entrées de ces long métrages en témoigne : environ 1 million 200 mille entrées pour Good bye Lenin !, presque 1 million 500 mille pour La Vie des autres et plus de 180 mille pour Barbara (entre le 2 et le 22 mai 2012).

 

« Barbara : « un témoignage authentique et juste d’une époque douloureuse »

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Récompensé de l’Ours d’argent de la mise en scène à la dernière Berlinale, Barbara de Christian Petzold propose une vision colorée, sensible et pleine de justesse de ce que fut la vie de milliers d’allemands en RDA. Interprété et réalisé avec brio, rien ne manque à cette vraie bouffée d’air frais tranchant avec le reste des films abordant cette époque. Allemagne de l’Est, 1980. Barbara, pédiatre dans un hôpital de Berlin Est, soupçonnée de vouloir rejoindre l’Ouest, est mutée dans un hôpital de province, on ne sait où. Réservée et peu sociable, elle se tient à l’écart, entretenant le mystère autour des raisons de son arrivée et apparaissant aux autres comme une berlinoise hautaine, elle a exercé à l’hôpital de renom la Charité. André, le médecin chef, ours inoffensif, admire seul son professionnalisme et tombe sous le charme de cette nouvelle recrue.

 

De son côté, Barbara apparaît comme une opposante au régime communiste, portant un œil critique et amer sur les méthodes médicales archaïques exercées à l’Est dont le manque d’humanité l’insupporte, en témoigne, au contraire, l’amitié qu’elle nouera avec une jeune patiente. Dans sa vie privée, on apprend qu’elle entretient une relation passionnée avec son amant de l’Ouest, avec lequel elle organise son départ clandestin.

 

Christian Petzold propose une grille de lecture sans fard, très vraisemblable, dans laquelle le contexte historique, sans totalement disparaître, ne constitue pas pour autant le leitmotiv. Si les éléments historiques sont bel et bien présents, en témoignent la surveillance et les humiliations subies par l’héroïne par les autorités, le film intègre avant tout les aspects positifs de la vie de ses personnages, la promenade d’André et de Barbara à vélo dans les sous bois, l’instant où Barbara joue au piano… Ce film rompt avec la vision niaise et schématique développée dans Good bye Lénin ! (2003) et La Vie des autres (2007). Ainsi, il n’est pas non plus surprenant d’apprendre qu’André soigne la fille du policier en charge de surveiller Barbara. Nul besoin de s’attarder sur cet élément, car le propos se situe ailleurs, dans la difficulté qu’éprouve Barbara à orienter ses propres choix.

 

Si celle-ci semble au début prête à tout, distante et critique face à cette société malade, il lui apparaît in fine avoir autant de raisons de rester en RDA que d’en partir. À voir la relation ambiguë, presque vaine, qu’elle entretient avec son amant, rien n’est, en réalité, moins sûr qu’elle trouvera en RFA son bonheur. Sans doute est-il en effet tout aussi louable de rester pour s’investir auprès des malades et sans doute existe-t-il, pour d’autres, la nécessité de trouver véritablement refuge en RFA. Dans un environnement plus complexe qu’il n’y paraît, aucun choix ne résiste au doute. Le style suffisamment contemplatif, intimiste et l’atmosphère ouverte permettent d’être au plus près de la vérité de notre héroïne et des doutes qui traversent son esprit comme celui d’André, la scène lors de laquelle André livre à Barbara son interprétation de la Leçon d’Anatomie de Rembrandt en constitue un exemple probant.

 

Magnifiquement interprétée par une Nina Hoss aux traits tendus et à la sensualité débordante, Barbara n’est pas sans nous rappeler les Trois vies de Rita Vogt (2000) de Volker Schlondorff et le jeu d’actrice de Bibian Biglau. La valeur ajoutée de Barbara, tant au cinéma allemand qu’à la filmographie traitant de cette époque, réside dans sa tension et la force de son propos. Renouant par son style avec le cinéma d’auteur, Christian Petzold offre un témoignage authentique et juste d’une époque douloureuse pour plusieurs générations d’allemands, qui montre avec psychologie la complexité de la situation à laquelle la population a été confrontée, tant sur un plan professionnel, moral que privé. De très bons, et beaux, acteurs, en particulier Nina Hoss. De quoi avoir envie de découvrir la filmographie de Christian Petzolz. »

 

Par Dextarian, publié le 28 mai 2012.

Sources :

·        http://www.news-de-stars.com/barbara/barbara-un-temoignage-authentique-et-juste-d-une-epoque-douloureuse_mrm380594.html

·        Site allociné pour la fréquentation des salles.

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Published by Joseph - dans culture
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thomas 11/07/2013 09:09

Partir ou rester ? Une question filmée

Le réalisateur Robert Thalheim évite tous clichés dans son film sur une évasion de la RDA. Il pose la question jusqu’où la politique peut intervenir dans des décisions personnelles.

ZEIT ONLINE : La question de la séparation des deux Allemagnes a été traitée dans d’innombrables films. Vous nous proposez un nouveau drame sur le thème de la fuite : Westwind. Qu’est-ce que cette
thématique peut-elle encore apporter de nouveau ?

Thalheim : Nous avons des comédies qui exposent des chemises de la FDJ (Freie deutsche Jugend : organisation de la jeunesse socialiste) ou d’autres accessoires. Ou bien il y a des drames mettant en
scène l’oppression pour nous faire croire que toute la RDA n’était qu’un seul camp de travail. Les personnes avec qui je parle de la RDA ne disent pas la même chose : la vérité se situait entre les
deux extrêmes. Elles disent qu’ils avaient aussi des libertés et que la STASI (Office de sécurité d’état en RDA) ne surveillait pas tout un chacun. Elles disent aussi que celui qui n’avait pas
quitté la RDA n’était pas forcément d’accord avec le système. Je pense qu’on peut très bien représenter ces différences de points de vue à travers des films. .

ZEIT ONLINE : Comment traduisez-vous cette différenciation ?

Thalheim : Westwind est l’histoire de deux jumelles extrêmement soudées. Elles sont rameuses de haut niveau et quittent la RDA pendant les vacances pour se rendre dans un camp d’entraînement en
Hongrie. Au début, les deux filles n’ont pas du tout l’impression de vivre dans un état totalitaire. Au fait, elles sont heureuses. Par contre, la rencontre avec les jeunes Allemands de l’Ouest
leur fait prendre conscience qu’elles vivent dans des frontières. Tout d’un coup, la symbiose entre les jumelles est soumise à rude épreuve. La plupart des personnes de l’ex-RDA avec qui j’ai parlé
ont réfléchi au moins une fois à cette question décisive : partir ou rester ; la RDA ou la fuite ? C’est pourquoi j’ai trouvé la constellation avec les jumelles si convaincante. Elles
personnalisent ces deux côtés et montrent comment la politique s’introduit petit à petit dans leur relation.

ZEIT ONLINE : Quels sont vos souvenirs du mur ?

Thalheim : J’ai grandi à Berlin Ouest, à Spandau, le mur se trouvait à 400 m derrière la maison de mes parents. Nous possédions un terrain en Allemagne de l’Ouest où nous nous rendions presque
chaque week-end. [Berlin-Ouest formait une île en plein milieu de l’Allemagne de l’Est ; pour se rendre en RFA, les berlinois de l’Ouest étaient obligés de traverser la RDA, donc la frontière entre
les deux états allemands.] Je n’oublierai jamais le sentiment oppressant quand nous partions en direction du mur, soumis continuellement à l’arbitraire aux postes de contrôle. Nous avions un lapin
qu’on n’avait pas le droit d’emmener en transit. Je le cachais toujours entre mes jambes. Une fois, les policiers avaient découvert mon jouet, un Talky Walky. Aussitôt, nous avons été soupçonnés
d’espionnage. Ils ont retourné notre voiture de fond en comble pendant deux heures. C’était une expérience marquante de voir les parents tout puissants sans défense ! On oublie vite de telles
histoires quand on se promène aujourd’hui dans le "parc du mur de Berlin" plein de vie.

Dans le travail de mémoire intellectuel concernant la séparation de l’Allemagne, nous ne sommes qu’au début.

ZEIT ONLINE : Comment avez vous fait des recherches pourWestwind ?

Thalheim : Tout d’abord, j’ai parlé avec mon amie qui est originaire de Berlin-Est. De la même ville que moi – et cependant, d’un autre pays. Nous nous sommes posé la question : si le mur n’était
pas tombé, est-ce que nous aurions pu faire connaissance ? Est-ce que nous aurions des enfants ? La période après la chute du mur était marquante aussi. J’avais le désir de connaître des cultures
étrangères, mais que j’allais connaître une culture étrangère dans mon propre pays, je ne l’avais jamais imaginé. C’est pourquoi Westwind m’a tout de suite interpellé. Je ne cherche pas tellement
des histoires qui laissent plus facilement envisager un succès commercial ou qui sont d’une actualité politique brûlante. De façon très brutale, je n’écoute que mon propre intérêt. Qu’est-ce qui me
fascine ? Sur quoi ai-je envie de réfléchir ?

ZEIT ONLINE : Quelles sont les idées concrètes que vous a données votre compagne?

Thalheim : Dans le film, l’Allemand de l’Ouest Nico et l’Allemande de l’Est Isa se rendent dans un restaurant. Nico n’est pas content de son plat et le refuse. C’est cette scène que ma compagne a
vécue avec son premier ami ouest-allemand. À l’époque, elle ne pouvait pas imaginer comment on pouvait avoir l’idée de renvoyer son plat à la cuisine. Mais même aujourd’hui, ma compagne et moi,
nous découvrons encore des différences. Par exemple, quand il s’agit de chanter une berceuse à notre fils. Nous avons un répertoire complètement différent.




ZEIT ONLINE : Vous racontez cette histoire d’évasion sans aucune prétention, comme personne avant vous. Pourquoi ?
Thalheim : Dans le travail de mémoire intellectuel concernant la séparation de l’Allemagne, nous ne sommes qu’au début. La réunification ne s’est pas encore accomplie partout, les fissures sont
beaucoup plus profondes qu’on ne le suppose. De nombreux Allemands de l’Est se sentent toujours humiliés. Lors des transpositions par le langage cinématographique, il faudrait qu’on écoute de façon
très sérieuse et raconte plutôt les petites histoires personnelles. Nous devrions nous confronter de façon plus détaillée et précise aux réalités de la vie. Je suis conscient que ce n’est pas
réalisable à la télévision en prime time. À 20 h 15, le grillage qui sépare les jumelles de leurs copains ouest-allemands n’aurait pas de trous mais en plus des barbelés par-dessus. À 20 h 15,
obligatoirement, on verrait sans arrêt de jeunes pionniers traverser l’image en marchant. Et l’entraîneur des jumelles serait un employé sadique de la STASI. Ce que nous voulons montrer
avecWestwind : il est possible de faire autrement.

ZEIT ONLINE : Et puis les touristes, votre film sur la vie quotidienne à Auschwitz aujourd’hui, est caractérisé par une légèreté comparable.

Thalheim : J’essaie d’adopter un autre angle de regard, même si ce n’est pas un dogme. Dans Et puis les touristes, j’ai essayé de représenter Auschwitz tel que les habitants perçoivent cet endroit
et pas comme un réalisateur de film qui arrive de l’extérieur. Bien évidemment, le fait que j’ai passé autrefois mon service civil dans le centre de rencontre de la jeunesse à Auschwitz m’a aidé.
Par exemple, si on veut aller se baigner à Auschwitz, on passe devant un mirador, mais on ne le fixe pas sans arrêt du regard. Par contre, on regarde peut-être le stand près de l’eau où on vend des
melons. Dans un film, c’est à l’aide d’histoires personnelles qu’on devrait développer des perspectives symboliques. Ce qui m’intéresse n’a pas encore été raconté. Alors, je le raconte et j’espère
que cela intéressera aussi d’autres personnes.

L’entretien mené par Ronny Blaschke

Zeit online – 24 août 2011

Source originale du texte : http://www.zeit.de/kultur/film/2011-08/gespraech-thalheim-westwind

Jef 30/05/2012 23:09

Je partage très largement la critique, mais aussi les remarques de Joseph. Un bemol pour moi, je n'observe pas dans le film les méthodes archaïques où le manque d'humanisme du monde médicale. Au
contraire, des conditions d'accueil dans une polyclinique de provinces, du personnel nombreux et disponible, le temps du travail d'équipe, etc. Le rédacteur ne doit pas fréquenter les hopitaux
publics en France ni observer la catastrophe sanitaire dans laquelle la gouvernance comptable nous enfonce ! Cela n'enlève pas l'honnêteté globale de sa critique.

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