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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 11:57

Dans l’article sur les troupes de combat de la classe ouvrière, je cite Paul Laveau qui, dans son ouvrage La RDA au quotidien, nous précise que ces milices ouvrières sont organisées en centuries.

Inflation1923.jpgMais, l’Allemagne a déjà connu entre les deux guerres ce type de formations.


L’année 1923 est une année de crise économique et politique. En quelque mois le mark plonge, il passe de 18 000 marks pour un dollar à 8 millions au 1er novembre. Cette dépréciation de la monnaie se traduit par une hausse considérable des prix. En novembre, le salaire d’une journée ne permettait plus le lendemain que d’acheter les 2/3 ou la moitié des produits qu’on aurait pu acquérir la veille !
InflationBoulangerie1923.jpg

Une grande misère touche les milieux populaires, une grande partie des classes moyennes est prolétarisée. Cette situation arrange toutefois les grandes entreprises qui remboursent en « monnaie de singe » les prêts consentis par l’Etat.

 

Dans les territoires occupés de la Ruhr, la majorité de la population soutient la consigne de résistance passive donnée par le Reichstag. En avrHambourgThalmann1923.jpgil 1923, 13 ouvriers des usines Krupp s’opposant à cette occupation sont tués.

En novembre, Hitler tente de prendre le pouvoir, c’est le putsch de Munich. Lâché par ces complices, il est arrêté. Il reste en prison une année ce qui lui laisse du temps pour écrire son « programme », Mein Kampf.

Face à cette situation désastreuse, les éléments les plus conscients de la classe ouvrière ne peuvent pas rester inactifs.

En avril 1923, un Comité exécutif des conseils d’entreprise (une sorte de comité d’entreprise) préconise la formation de centuries révolutionnaires (détachements d’autodéfense composés de cent hommes environs) sur une base paritaire (KPD et SPD). La direction du KPD est divisée sur la tactique à suivre. Toutefois, le VIIIe Congrès du parti à Leipzig s’est prononcé pour la création de gouvernements ouvriers (c’est-à-dire pour la participation de communistes à des gouvernements dirigés par des socialistes de gauche) « qui seraient portés et poussés en avant par la vague révolutionnaire. »

Au début d’octobre, le glissement à gauche qui s’est produit au sein du SPD HambourgThalmannBarricades1923.jpgpermet la constitution en Saxe et en Thuringe de « gouvernements ouvriers » ; le 12 et le 13, des communistes sont entrés au gouvernement de ces deux Länders.

Le 1er mai 1923, défilent à Berlin 25 000 membres des centuries révolutionnaires. A la même époque, les syndiqués constituent des commissions de contrôle des prix qui vont sur les marchés, réquisitionnent les marchandises faisant l’objet de trafics, obtiennent des réductions de prix pour les chômeurs, etc. Le premier rôle qui est assigné aux centuries est de protéger ces commissions de contrôle, les syndicats, etc. Les ouvriers, membre de ces structures, ne « jouent » pas aux révolutionnaires, ce ne sont pas non plus des brigands même si quelques éléments douteux peuvent se glisser dans leurs rangs. Quelques exemples pour appuyer cette affirmation : à Crefeld, les chômeurs ne paieront que 2/3 des prix marqués, à Berlin-Mitte, la commission découvre d’importantes fraudes fiscales, à Essen, elle réquisitionne un stock de pommes de terre qui était expédié à l’étranger et le fait distribuer à la population.

En juin, le KPD créé un Comité militaire central, qui se préoccupera cependant plus d’armer les centuries révolutionnaires que de coordonner leurs efforts. Encore borne-t-il son action surtout à l’Allemagne centrale.

Le 26 septembre le gouvernement du Reich reprend l’initiative et proclame l’état d’exception, c’est-à-dire qu’il confie le pouvoir à la Reichswehr. Le commandement militaire ordonne la dissolution HambourgBarricadeBoulevard1923.jpgdes centuries prolétariennes. En Saxe, le ministre-président Zeigner (social-démocrate) refuse d’obtempérer, les centuries prolétariennes étant selon lui parfaitement légales. Sur quoi le ministre de la Reichswehr, Gessler, donne aux troupes l’ordre d’intervenir et de déposer les gouvernements récalcitrants, pourtant parfaitement légaux.

La résistance populaire n’est pas organisée, les sociaux-démocrates refusent de suivre les communistes qui proposent de lancer le mot d’ordre de grève générale.

En Thuringe, les centuries révolutionnaires se dissolvent, et les ministres communistes se retirent. En Saxe, quelques heurts se produisent. Zeigner refuse de démissionner, l’armée arrête plusieurs ministres, installe au pouvoir un haut commissaire.

La direction du KPD et l’Internationale estimaient alors que tout soulèvement armé était voué à l’échec. Une directive allant en ce sens arriva trop tard à Hambourg. Les membres du KPD de cette ville quoique peu nombreux (le Parti comptait 18 000 membres inscrits) mais efficacement dirigés pat Thälmann et Remele réussissent à faire échec à la police notamment dans les faubourgs de Barmbek, Eimsbüttel et Schiffsbek. Ils ont occupé 26 postes de police, se sont armés, dressant des barricades dans les rues, arrêtant même des renforts de police expédiés de l’extérieur.

Mais, comme lors des combats de 1920 et 1921, le mouvement resta isolé et, au terme de trois jours de combats, les forces gouvernementales restèrent maîtresses du terrain.

Les dirigeants communistes ont sous-estimé les advHambourgBarricadePont1923ersaires (forces de droite et Reichswehr) et ils ont eu tort de compter sur le soutien de la classe ouvrière, Thälmann lui-même écrira qu’à Hambourg « 300 communistes furent soumis au feu roulant de 6 000 policiers et soldats ». Un bilan de cette insurrection fait état de 21 morts, 175 blessés et 102 prisonniers.1

Ce récit n’est qu’un épisode parmi d’autres dans l’histoire sanglante de la République de Weimar. Ainsi, de janvier 1919 à juillet 1922, E.-J Gumbel recense 354 assassinats fomentés par la droite contre 22 assassinats par la gauche.2 On comprend bien pourquoi les dirigeants de l’Allemagne orientale refuse d’adopter à la Libération les principes « démocratiques » de la Constitution de 1918 qui ont permis, voire favorisé, l’instauration du fascisme. Inversement, cela semble normal que le jeune Etat socialiste veuille honorer la mémoire de ces héroïques précurseurs en reprenant le terme « centurie » pour les Betriebskampfgruppen

 

 

D’après les éditions de 1962 et de 1987 de l’Histoire de l’Allemagne contemporaine parues aux Editions sociales.

 


Photos :
- sur l'inflation (http://www.dialoginternational.com/dialog_international/2008/09/the-weimar-econ.htm et http://www.missouriwestern.edu/orgs/germanclub/inflation2.html) ;
- photos
en noir et blanc de Thälman et du soulèvement de 1923 extraites de Bewaffnete Kämpfe in Deutschland  1918-1923 (Dreetz, Dieter) ;
- tableau intitulé
« sur les barricades en 1923 »

Ich danke meinem Korrespondentin Brandenburg.

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Published by Joseph - dans politique
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commentaires

zorba 19/01/2010 20:23


Comme JP. Timbaud, avant de tomber sous les balles des boches à Châteaubriant :
Vive le parti communiste allemand.


Jef 18/01/2010 13:53


L’histoire sociale de l’Allemagne et particulièrement l’entre deux-guerres nous démontrent bien la pertinence d’un fort mouvement révolutionnaire et socialiste, précurseur à la création d’un Etat
socialiste en Allemagne. La RDA n’est pas une importation soviétique mais a ses racines sur place.


Joseph 18/01/2010 16:46



Cet enracinement nous aidera à faire mentir ceux qui prétendent que le capitalisme est la "fin de l'histoire"...



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