Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 décembre 2009 4 24 /12 /décembre /2009 13:52

Amis Zorba et Jef accrochez-vous, les autre aussi : certains morceaux vont être durs à avaler !

 

I Lois et pratiques

Jusqu’en 1968

Dans un ouvrage favorable1 au régime socialiste, daté de 1966, on trouve les renseignements suivants : il y a 12 millions de protestants, un million et demi de catholiques et une communauté israélite numériquement insignifiante (sic). Je (Joseph) pense que ce décompte compte les baptisés et non les pratiquants. Je cite de nouveau le livre : « Les rapports de l’Eglise et de l’Etat sont en principes définis par la Constitution [de 1949] qui précise dans ses articles 41 à 48 « tout citoyen jouit d’une totale liberté de religion et de conscience. L’exercice du culte est libre et placé sous la protection de la République. (…) » Plus loin, il est écrit qu’« il n’y a pas d’Eglise d’Etat, mais les communautés religieuses qui s’administrent elles-mêmes sont habilitées à percevoir les cotisations de leurs membres sur la base du rôle des impôts de l’Etat (…) Les Eglises ont le droit de « dispenser l’enseignement religieux dans les locaux scolaires, par des maîtres qu’elles désignent », mais la fréquentation de ces cours d’éducation religieuse est totalement libre. »

Les auteurs précisent « Actuellement, la subvention annuelle est de l’ordre de 10 millions de marks pour [la communauté protestante], de 1 million de marks pour [les communautés catholiques et juives]. Ces sommes qui viennent s’ajouter au produit des cotisations quêtes, denier du culte, etc. sont destinées essentiellement à la rétribution des prêtres, à celle des pasteurs et de leur famille (pension des veuves et des orphelins, etc.) »

Ces informations prises telles quelles ne permettent pas de savoir quelle était la part des subventions publiques dans le budget de ces communautés. Il ne faut pas oublier que, dans cet ouvrage, les auteurs s’efforçant de défendre le régime socialiste, accusé de persécuter ou de brimer les croyants, se croient obligés de mettre l’accent sur les éléments favorables à ceux-ci. Par ailleurs, j’ai volontairement coupé les passages concernant les revenus provenant des propriétés des Eglises et sur les subventions destinées à l’entretien et à la restauration des bâtiments faisant partie du patrimoine national qui, à mes yeux, ne posent pas de problèmes majeurs.

Depuis 1968

Le plan de ce premier chapitre est fondé sur les périodes d’application des Constitutions mais on aurait pu également se baser sur les différentes phases de la politique du SED vis-à-vis du fait religieux. Ce dernier découpage nécessiterait une connaissance intime de l’histoire de la RDA que je ne possède pas…

Dans une publication de 19742 ayant reçu l’imprimatur des autorités est-allemandes, les rapports entre les Eglises et l’Etat sont ainsi présentées : « La liberté de conscience et celle de pratiquer le culte sont garanties par la Constitution [de 1968]. Chaque citoyen a le droit de se réclamer d’une confession religieuse, de pratiquer le culte de son choix ou d’opter pour l’athéisme. Il n’existe pas d’église d’Etat. Il y a une nette séparation entre l’église et l’Etat, entre l’école et l’église. 

Dans une autre publication « officielle »3, datée de 1969, on peut lire : « Malgré la séparation de l’Eglise et de l’Etat, malgré les grandes ressources qui proviennent de leurs terres, des quêtes publiques et des impôts versés par les croyants, le gouvernement alloue des subventions considérables. C’est ainsi que chaque année ont prévoit des subventions pour le traitement des pasteurs, pour leurs retraites, pour les pensions à leurs veuves et orphelins. » On reprend son souffle : «  Les églises évangélique et catholique ainsi que les autres communautés religieuses de la RDA disposent d’un grand nombre d’institutions et établissements confessionnels, ainsi on trouve 76 hôpitaux, 288 maisons de retraite, 61 centres de soins (…) » On apprend aussi que les Eglises disposent d’établissements de formation et de trois maisons d’édition.

Même remarque que précédemment : les auteurs font la promotion de leur pays à l’étranger et, si on s’en tient à ces textes, on ne sait pas ce que représentaient les subventions publiques dans le budget des communautés religieuses.

II Coopération avec les Eglises, risques et avantages

Je suis impressionné par toutes ces facilités accordées aux communautés religieuses.

N’oublions pas toutefois que les communistes, poursuivant le combat contre le nazisme, ont dû s’appuyer sur certains milieux bourgeois, et notamment sur la démocratie chrétienne, à l’époque des réformes antifascistes et démocratiques, et ce avec l’aval et même les encouragements de la puissance occupante soviétique.

Les communistes, toujours sous le regard sourcilleux du « grand frère », ont estimé que le socialisme serait plus solide et fécond s’il prenait en compte les intérêts des différentes couches du peuple ainsi que la diversité des opinions. Cela explique par exemple la persistance d’un secteur privé plus ou moins résiduel –mais intégré dans la planification-, ou sur un autre plan, le maintien du pluripartisme (la CDU étant des membres fondateurs avec le KPD du Bloc démocratique).

ChuteEgliseEst.jpgSi, pour des raisons politiques et pratiques le SED n’avait pas ouvertement combattu la religion ou coupé les cordons de la bourse, rien ne l’empêchait de se livrer à des manœuvres plus discrètes pour réduire l’influence des Eglises. Attardons nous sur un de ces « tours de passe-passe » dans la version rapportée par Gilbert BADIA4. Début 1950, le dirigeant de la CDU de Dresde, Hugo Hickmann, résistant et professeur de théologie, intervient dans le journal de son parti, Neue Zeit, pour s’opposer au rôle dirigeant du SED et à la réduction du secteur privé dans l’économie. Walter Ulbricht lui répond courtoisement dans Neues Deutschland. Malheureusement, quelques jours plus tard, le même Neues Deutschland nous informe que dans plusieurs entreprises des ouvriers, membres du SED et même de la CDU, protestent contre les propos d’Hickmann. Des pétitions et des manifestations prennent le relais, le professeur de théologie démissionne. Plusieurs responsables de la CDU subissent le même sort… C’est surtout dans les années 1950 que l’on assiste à ce genre d’épisodes qui ne peuvent être séparés du contexte de guerre froide et des attaques multiformes subies par la RDA. N’oublions pas qu’à la même époque, « en face », chez les « bons chrétiens » de RFA, les anciens nazis et leurs soutiens peuplent la haute administration (ex. : loi du 11 mai 1951 autorisant la réintégration dans la fonction publique des fonctionnaires du IIIe Reich) et le monde de l’économie (ex. : Flick et Krupp, industriels, bailleurs de fonds du NSDAP sont en liberté dans les années 1950). Rappelons-nous également qu’en RFA les communistes furent chassés de la fonction publique dès 1950 et que le KPD et toutes les organisations jugées proches de ce dernier, comme la FDJ, seront interdites en 1956

Mais là n’est pas l’essentiel. Le SED a surtout mené une guerre idéologique, organisée et tenace pour occuper l’espace dévolu ordinairement aux communautés religieuses.

Ainsi, la très grande majorité des enfants âgés de 7 à 13 ans sont membres des pionniers. Indépendamment de leur origine les pionniers bénéficient des prestations de l’organisation, sont sensibilisés aux problèmes sociaux, rencontrent les travailleurs de l’usine qui parraine l’école (l’organisation des pionniers fonctionne en liaison avec l’Ecole).

Plus tard un grand nombre de jeunes rejoindront la FDJ (qui intervient dans le fonctionnement de l’organisation des pionniers). Celle-ci se transforme rapidement en « vivier » pour le SED (un des dirigeants de la FDJ était un certain Erich Honecker).5

L’instauration de la Jugendweihe comportant un serment de fidélité à la République socialiste, à l’âge ou les jeunes font leur confirmation, n’a pas fait que des heureux chez nos amis de la « calotte ». Rappelons ce qu’en disait Marina Chauliac : « Mise en place et organisée sous la tutelle du SED à partir de 1954, [la Jugendweihe] était considérée comme un outil de propagande et une arme efficace pour contrer l’influence de l’Église sur la population et notamment sur les jeunes. Elle concernait, à partir de la fin des années 1950, plus de 80 % des élèves Est-allemands. Mais, plus qu’une simple obligation vis-à-vis de l’État, elle était devenue très populaire à partir des années 1970 et s’accompagnait de festivités importantes dans la sphère privée. »6

Enfin le SED ou la FGDB n’étaient pas du genre à faire la messe ou à organiser des « Journées de la Jeunesse » avec le Pape du moment !

Pour la bonne bouche, j’ai gardé les cours de marxisme-léninisme…

Il me semble que la plus grande partie de ces structures confessionnelles RencontreHoneckerReverend1987.jpgsoutenaient sincèrement la construction du socialisme pour des raisons diverses (acceptation plus ou moins résignée du cadre politique socialiste, légitimation réciproque de l’Etat et des Eglises, approbation du socialisme venant d’une lecture progressiste des Ecritures, etc.) même si une fraction jouait le double jeu sous l’œil attentif du MfS…

Ne prenons pas les dirigeants de la RDA et les responsables du SED pour des « buses », cette fraction était « sous contrôle ». Nous n’étions pas en Pologne, ce sont les bouleversements internationaux et, en premier lieu, la politique de l’Union soviétique gorbatchévienne qui ont transformé ces cercles oppositionnels plus ou moins folkloriques, bien connus des services de sécurité, en foyers de la contre-révolution.FresqueRenaissanceCommuniste.jpg

 

1.   Un pays méconnu : la République démocratique allemande, Gilbert BADIA et Pierre LEFRANC, 1966, verlag Zeit im bild ;

2.   La RDA se présente, collectif, 1974, verlag Zeit im bild ;

3.   La République démocratique allemande, 300 questions, 300 réponses, 1969, éditions Die Wirtschaft ;

4.   Histoire de l’Allemagne contemporaine, RDA RFA, dir. Gilbert BADIA, 1997, éditions Messidor ;

5.   J’ai fourni quelques éléments sur la FDJ dans mon article http://uneallemagnesocialiste.over-blog.fr/article-une-date-une-image-7-mars-1946-creation-de-la-fdj-39727019.html ;

6.   Revue française de science politique, « La Jugendweihe : continuités et changements d’un rite hérité de la RDA », Presses de Sciences Po, Marina Chauliac, 2003 (repris dans mon article http://uneallemagnesocialiste.over-blog.fr/article-1954-organisation-par-le-regime-de-la-jugendweihe-39239889.html).

Partager cet article

Repost 0
Published by Joseph - dans politique
commenter cet article

commentaires

zorba 24/12/2009 17:33


Ce développement confirme qu'il ne faut pas faire de place aux églises si l'on veut développer une politique de progrès et de justice sociale. Les églises, en particulier les prostestante et
catholique, sont des auxiliaires dévoués au capitalisme et à l'exploitation des hommes. Toute concession est une défaite, les églises ne comprennent que le rapport de force, comme les américains
d'ailleurs qui sont certainement la société la mieux dirigée par des sectes religieuses.
Une république socialiste qui paye des curés, c'est le monde à l'envers.
Je sais que l'oppression cléricale a été tellement forte en Allemagne, qu'il était difficile d'adopter une politique ferme et résolue, prônant l'athéisme et faisant strictement appliquer la
séparation des sphères privées et publiques, en débarrassant la sphère publique des curés et des pasteurs.
Croire que les églises soutiendront un jour une politique de progrès et de justice, c'est être aveugle, l'histoire des crimes des régimes soutenus par le Vatican est trop longue pour penser un seul
instant que cela soit possible.
L'église catholique est pour le progrès, tant qu'elle ne peut pas l'empêcher, voilà comment elle s'y prend, le reste c'est du pipeau pour culs bénis.
La religion, c'est l'opium du peuple.
Ni dieu, ni maître, à bas la calotte.


Joseph 28/12/2009 12:57



Il est intéressant de comparer les sommes allouées aux Eglises qui se comptent en millions de MDN (marks de la Deutsche
Notenbank) et les dépenses inscrites dans le budget de l’Etat qui se comptent en milliards de MDN. Ainsi, en 1966, les investissements s’élevaient à 18,9 milliards de MDN. Les sommes consacrées à
la santé, à l’éducation et à la culture se montaient à 22,9 milliards de MDN en 1965.



Jef 24/12/2009 14:43


Mon cher Joseph, tu as du lire mon commentaire et ma question sur la séparation de l'église et de l'état, mais je ne le vois pas apparaitre dans le blog ?


Joseph 24/12/2009 16:00



Avec mes excuses pour cet oubli.



Présentation

  • : Le blog de Joseph
  • Le blog de Joseph
  • : Bienvenue sur une "ALLEMAGNE SOCIALISTE". Bonjour ! Ce bloc-notes virtuel fait par un Français a pour but de donner une autre image de cette autre Allemagne. Il s'appelle "Une Allemagne socialiste" car il traitera essentiellement de la République démocratique allemande (RDA) mais aussi parce que Joseph espère que ses voisins d'outre-Rhin construiront une Allemagne socialiste... --- Benvenuto su "UNE ALLEMAGNE SOCIALISTE" ("UNA GERMANIA SOCIALISTA").Buongiorno !
  • Contact

Recherche

Liens