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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 12:30

Je ne peux pas ignorer la sortie du livre de Maxim Leo, Histoire d'un Allemand de l'Est aux éditions Actes Sud. Certains journalistes, pas forcément bienveillants, l’ont utilisé pour envoyer une fois de plus le régime socialiste en Enfer ! L’un d’entre eux écrit ceci : « (…) le cas le plus frappant est celui du grand-père, Werner, qui passe sans coup férir d'une incontestable sympathie pour le régime nazi à un engagement volontariste dans le "socialisme réel".(…) »...

Maxim Leo.

Je n’ai pas dû lire le même livre que le journaliste. En effet, Maxim Leo se garde bien de « cracher dans la soupe » car il a bénéficié du système socialiste qui lui a donné les moyens de faire son trou dans cette nouvelle Allemagne. Ce parcours singulier rend son anticommunisme subtil et presque sympathique ! J’ai d’ailleurs apprécié ce livre-témoignage qui montre, à ceux qui voudront bien le voir, la réalité contrastée de la RDA. Le rapprochement avec le film La vie des autres , que font certains, est mal venu, au moins sur le plan esthétique. En effet, Maxim Leo, dans son texte, respecte les vraies couleurs de son pays d’origine.

 

Voici quelques « morceaux choisis » que notre ami du Monde n’a pas dû lire…

La figure du père, Wolf, est souvent mise en arrière plan ou carrément absente dans les critiques : elle a moins gênée la Stasi que les admirateurs du capitalisme réel ! Wolf a eu une jeunesse pour le moins agitée. Lors de son service militaire, il est arrêté en excès de vitesse sans bon de permission (p. 78). Il n’y aura pas de suites judiciaires. Maxim Leo, tout en rappelant la fiabilité plus qu’incertaine des dossiers de la Stasi (p. 186) indique que le MfS le considérait comme « un esprit critique mais pas hostile » (p. 80). Il sera d’ailleurs plusieurs fois approché par les services de sécurité. Cette forte personnalité, avoue qu’il « a eu l’espoir (…) de voir quelques chose bouger [en RDA] » (p. 215). Enfin, après l’absorption de la RDA, on apprend que « Wolf ne pouvait pas jouir de cette nouvelle liberté : elle l’exténuait (…). Les organismes publics qui avaient été ses commanditaires étaient en cours de démantèlement. » (p. 286). Il ne fut pas le seul à (re-)découvrir que la liberté d’expression n’existait pas « en l’air » mais qu’elle reposait sur les droits réels qui avaient disparu avec la RDA… même si ces droits ne garantissaient pas automatiquement ladite liberté.

 

L’auteur relativise l’aspect « dictatorial » du régime socialiste, notamment lorsqu’il compare son arrestation liée aux activités de Nouveau Forum et le véritable calvaire que les fascistes firent subir à son grand-père Gerhard (p. 131). De la même façon, on peut être surpris par le sort de sa mère, Anne, qui est rejetée par ses camarades de classe parce qu’elle et sa famille soutiennent le régime, « Ses condisciples l’évitent : elle est la « rouge », la fayote (…) » (p. 30). Quelques années plus tard, après la construction du Mur, en 1961, lesdits condisciples n’ont pas l’aire de craindre énormément le « pouvoir totalitaire » : « C’est une sorte de tribunal. Elle sent l’hostilité et la colère des élèves. L’un d’eux crie que la RDA est une prison, une dictature minable dans laquelle les seuls à bien se porter sont les fonctionnaires rouges. Elle se retrouve toute seule devant la meute en colère (…) » (p. 32)

 

Pour finir, il faut tordre le cou à la légende des « deux grands-pères ». L’un, nazi devenu stalinien, Werner, l’autre communiste devenu dissimulateur, Gerhard. Werner, comme de nombreux Allemands, a eu de la sympathie pour le régime hitlérien. Après la guerre, l’homme a vieilli et a subi « l’envers du fascisme ». Son engagement pour le socialisme n’a pas la même finalité que son soutien au nazisme. Il adhère au Parti et milite activement en son sein sacrifiant même des jours de repos.

Plus généralement, il faut rappeler que si on voulait construire l’Allemagne avec des Allemands, il fallait accepter le passé nazi. Cette « amnistie à la base » eut pour contrepartie une large dénazification notamment dans l’administration. L’Allemagne fédérale, fleuron du « monde libre », n’a pas fait ce travail et les responsables nazis peuplaient la fonction publique et les conseils d’administration des grandes sociétés…

Gerhard Leo.

Maxim Leo a une admiration évidente et bien compréhensible pour Gerhard, résistant antifasciste. L’auteur est en revanche beaucoup plus réservé sur son attitude face au régime socialiste. Mais, selon moi, les silences et les certitudes du héros font partie du combat politique. En face, on ne peut pas dire que les adversaires jouaient « cartes sur table » ! Ce sentiment d’être un combattant n’empêchait pas Gerhard, quand il l’estimait nécessaire, de s’exprimer assez librement. Ainsi en 1956, dans certaines conversations, il fait l’éloge de la Hongrie ! (p 195) Plus tard, en 1967, il juge antisémite un reportage de la télévision est-allemande ! (p. 255)

Il n’y a donc pas d’antagonisme entre les deux grands-pères mais des parcours différents. Le régime socialiste, sans se compromettre, a su unir les Allemands pour construire un monde meilleur !

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Published by Joseph - dans politique
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commentaires

cf 19/10/2011 08:49


Mais qu'est-ce que vous voulez que je prenne, pour administrer le pays ? y a des nazis comme il y a aux Etats-Unis des démocrates et des républicains!
Patton septembre 1945.

"(...) Ni l’Allemagne ni le nazisme n’ont été anéantis en RFA, comme le montre la simple histoire de la dénazification, à laquelle l’historiographie anglophone a apporté une contribution
considérable.
Je me contenterai ici de citer les travaux pionniers, toujours non traduits en français à cette date de:

*Tom Bower, Blind eye to murder. Britain, America and the purging of Nazi Germany, a pledge betrayed, London, André Deutsch, (1981) 2010, qui atteste que la non-dénazification a été une décision
anglo-américaine de 1941-1942, sans rapport aucun avec la Guerre froide,

*Alfred Wahl, La seconde histoire du nazisme dans l'Allemagne fédérale depuis 1945, Paris, Armand Colin, 2006. Décrit le maintien en place systématique des élites allemandes des zones occidentales,
dans tous les secteurs d’activités, économiques en tête, dans une synthèse étayée par une bibliographie allemande considérable.

Mon collègue Alfred Wahl a récemment décrit le maintien en place systématique des élites allemandes des zones occidentales, dans tous les secteurs d’activités, économiques en tête, dans une
synthèse étayée par une bibliographie allemande considérable.
Cette synthèse, véritable première en France, a suscité un silence de mort, conformément aux règles européistes gommeuses d’histoire gênante. Tout étudiant ou tout amateur d’histoire devrait
pourtant avoir lu La seconde histoire du nazisme dans l'Allemagne fédérale depuis 1945.
Mon petit ouvrage L’intégration européenne de la France. La tutelle de l’Allemagne et des États-Unis, Paris, Pantin, Le temps des Cerises, 2007 atteste la parfaite continuité des élites économiques
qui ont fait et soutenu Hitler puis ont opéré le virage américain et « européen » décrit par l’historiographie allemande et américaine.

*Luc Van Dongen, Un purgatoire très discret. La transition « helvétique » d’anciens nazis, fascistes et collaborateurs après 1945, Paris, Perrin, 2008;
*Daniel Bourgeois, Business helvétique et troisième Reich. Milieux d’affaires, politique étrangère, antisémitisme, Page deux, Lausanne, 1998;
*Hans-Ulrich Jost, Le Salaire des neutres. Suisse, 1938-1948, Paris, Denoël, 1999 (historiographie suisse).

*Christopher Simpson, Blowback. America’s recruitment of Nazis and its effects on the Cold War, New York, Weidenfeld & Nicolson, 1988, essentiel sur le sauvetage-recyclage américain des
criminels de guerre (en quelque sorte la suite de l’ouvrage de Tom Bower).

Uki Goñi, The Real Odessa, London-New York, Granta Books, 2002.(Qui traite des "Recyclés", ...de l'Opération Condor). Voir aussi D. Ganser.

J’ai moi-même contribué, sur la base des archives diplomatiques françaises en particulier, à l’étude de la non-dénazification dans les zones occidentales (Voir le CV de mes travaux
www.historiographie.info/cv.html qui comporte plusieurs articles sur ce sujet). Et j’ai largement traité de l’immense contribution du Vatican au sauvetage-recyclage des criminels de guerre, mise en
œuvre grâce au financement américain depuis 1943 (d'abord dans les camps de prisonniers anglo-américains) :

LE VATICAN, DE L'ANTISÉMITISME DES ANNÉES TRENTE AU SAUVETAGE-RECYCLAGE DES BOURREAUX Cf www.historiographie.info
Annie Lacroix-Riz, Le Vatican, l'Europe et le Reich de la Première Guerre mondiale à la Guerre froide (1914-1955), Paris, Armand Colin, 1996 et 2007 (chapitres 10-11) et Le Vatican, l'Europe et le
Reich, Paris, Armand Colin, 2010.
Annie Lacroix-Riz « La dénazification politique de la zone américaine d'occupation en Allemagne vue par les Français (1945-1949) », Vom "Erbfeind" zum "Erneuerer", Aspekte und Motive der
französischen Deutschlandpolitik nach dem Zweiten Weltkrieg, éd. Stefan MARTENS Francia, Thorbecke, Sigmaringen, 1993, p. 115-156.
Annie Lacroix-Riz « Églises et retour au statu quo en Allemagne occidentale », Guerres mondiales et conflits contemporains 2/2003 (n° 210), p. 19-46.
www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2003-2-page-19.htm. DOI : 10.3917/gmcc.210.0019.
Annie Lacroix-Riz « Le Vatican et les juifs de l’entre-deux-guerres au sauvetage-recyclage des criminels de guerre », Marie-Danielle Demélas, éd., Militantisme et histoire, Mélanges en l’honneur de
Rolande Trempé, Presses Universitaires du Mirail, Paris, 2000, p. 293-320.
.(...)"
Propos de Annie Lacroix-Riz, Pages 32 à 40 de histomag'44 n°65 de mai-juin 2010.
"Débat contradictoire, une première dans histomag'44, organisé entre l'historienne Lacroix-Riz d’une part et Jardin David et Daniel Laurent, ci-devant amateurs membres de l’équipe Histomag’44,
d’autre part, au sujet de la réédition du livre Le choix Le Choix de la défaite Les élites françaises dans les années 1930, Paris, Armand Colin, 2010."

*Éric Dussault « Politique culturelle et dénazification dans la zone d'occupation française en Autriche (Tyrol et Vorarlberg) et à Vienne de 1945 à 1955 », Guerres mondiales et conflits
contemporains 1/2006 (n° 221), p. 83-92. www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2006-1-page-83.htm. DOI : 10.3917/gmcc.221.0083.

Podcast mp3: Le Vatican et les criminels de guerre, DIVERS ASPECTS DE LA PENSEE CONTEMPORAINE, Par Olivia Payan, Réalisé par Mazire, France Culture, 10.07.2011.
http://www.franceculture.com/player?p=reecoute-4281285#

*http://www.histoire-politique.fr/documents/comptesRendus/pdf/Clastres-Wahl.pdf, une recension critique du bouquin de Wahl.
*http://www.dokumente-documents.info/rezensionen/info/la-seconde-histoire-du-nazisme-dans-lallemagne-federale-depuis-1945.html?cHash=9f7a66ed219d955ac72b304e07d64811 , idem, 2007.

*http://lautreavantguerre.blogspot.com/2011/07/le-vatican-et-les-criminels-de-guerre.html (mon site).

Votre blog m'intéresse bcp. Je vous trouve très mesuré dans vos articles. Et d'une grande ouverture d'esprit. En France, nous sommes complètement essorés par des médias et des historiens aussi
complaisants qu'ignares et qui virent de plus en plus à droite. Pour ma part, je prends mes infos des américains qui ne se gênent pas pour déclassifier leurs exploits. Quoique que bcp de massacres
aient été occultés et le demeurent. Voyez nos dirigeants, les grands timoniers des droits de l'Homme et de la liberté, comme ils ont des leçons à donner!
Je continuerai à vous lire. Je vous souhaite de survivre au démantèlement des vestiges de la sociale-démocratie (qui fut le véritable cordon sanitaire contre l'URSS).
cf
PS: Avis à la population: Drawing the Line. The American decision to divide Germany, 1944-1949, Carolyn Eisenberg, Cambridge University Press, 1996. Comme son nom l'indique... mille bobards nous
ont été assénés.


Joseph 19/10/2011 15:24



Merci pour toutes ces informations. Vous indiquez des sources intéressantes,
je souhaite que beaucoup de personnes aillent s’y abreuver !


Bien plus que cordialement.


 



Jef 23/03/2011 13:59


Et moi je suis affligé d’observer un étudiant qui d’a priori renonce à tout effort intellectuel autre qu’absorber les clichés établis. Heureusement des universitaires et des journalistes (pas
spécialement de gauche) font preuve d’un peu plus d’esprit critique et ne s’en tiennent pas à la seule écriture des vainqueurs.
Les historiens savent bien que l’Histoire ne peut pas être seulement écrite par les vainqueurs des guerres.


Foubard 22/03/2011 19:39


Je suis un simple étudiant en histoire (spécialité mondes germaniques) mais là je suis stupéfait par ttes ces conneries. Pourtant je pense et penche largement à gauche, voire plus loin encore. Ne
déformez pas l'histoire et la mémoire, c'est dommage.


Joseph 23/03/2011 12:45



Je vous remercie d’avoir lu l’article sur le dernier livre de Maxim Leo.


Je suis un simple citoyen qui « déforme » la mémoire et l’histoire. Je m’aperçois tous les jours que je ne suis pas le seul à le
faire !


Cordialement.



viauvy 24/02/2011 13:56


D'un même livre chacun a une lecture différente.


Joseph 25/02/2011 11:25



Evidemment. Mais les journalistes du système cherchent à orienter le lecteur afin que celui-ci ne puisse pas sortir de la pensée unique
capitaliste !



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  • : Bienvenue sur une "ALLEMAGNE SOCIALISTE". Bonjour ! Ce bloc-notes virtuel fait par un Français a pour but de donner une autre image de cette autre Allemagne. Il s'appelle "Une Allemagne socialiste" car il traitera essentiellement de la République démocratique allemande (RDA) mais aussi parce que Joseph espère que ses voisins d'outre-Rhin construiront une Allemagne socialiste... --- Benvenuto su "UNE ALLEMAGNE SOCIALISTE" ("UNA GERMANIA SOCIALISTA").Buongiorno !
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