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Pour Uli Brockmeyer la « réunification » allemande est plutôt une unification qui a toutes les caractéristiques d'une absorption.

Entretien avec notre journaliste Jean Rhein

La "réunification" des deux États allemands était-elle inévitable ?

Uli Brockmeyer : Je ne le pense pas. Il n'y avait pas vraiment de bonnes raisons. Déjà le terme de « réunification » devrait être utilisé avec beaucoup plus de précaution. Jusqu'en 1945, l'Allemagne n'a existé que pendant 74 ans. La création de l'Empire allemand sous la domination de la Prusse fut le résultat de la guerre franco-allemande des années 1870 et 1871. Durant ces quelques années, la classe dirigeante de l'Allemagne a provoqué deux guerres mondiales et s'est rendue coupable de la mort de plus de 17 millions d'êtres humains pendant la Première Guerre mondiale et de plus de 60 millions pendant la Seconde Guerre mondiale. Dix années de guerres criminelles en 74 ans !

Les perdants des guerres ont été les travailleurs, alors que les propriétaires du capital sont sortis comme profiteurs des guerres qu'ils avaient perdues.

Après 1945, la plupart des Allemands étaient d'accord qu'une guerre ne devait plus jamais partir du territoire allemand. Dans l'Est du pays, un nouvel ordre se construisait sous l'égide du pouvoir soviétique et les conditions pour la réalisation de ce précepte se mettaient en place.

Car le pouvoir fut enlevé aux responsables de ces guerres, en expropriant les propriétaires des grandes entreprises, des banques et les grands propriétaires agraires, afin qu'ils n'aient plus le pouvoir de disposer de la majorité des hommes.

Dans l'Ouest, les puissances d'occupation, les États-Unis d'Amérique, le Royaume-Uni et la France n'avaient aucun intérêt dans une évolution pareille et ils cherchaient plutôt à empêcher, avec les capitalistes allemands, la propagation des idées socialistes. Voilà pourquoi la volonté du peuple à propos de l'expropriation des criminels de guerre fut ignorée, les anciennes élites furent remises en selle, et un État séparatiste allemand fut créé. L'homme politique chrétien-démocrate Adenauer, honoré au Luxembourg par la dénomination de noms de rues l'a formulé ainsi : « Lieber das halbe Deutschland ganz als das ganze Deutschland halb » (« Il est préférable de posséder entièrement la moitié de l'Allemagne que de disposer seulement à moitié de toute l'Allemagne »). En 1949, dans le premier gouvernement d'Adenauer, il y avait plus de nazis que dans le premier gouvernement d'Hitler en 1933. Les premiers à occuper les fonctions de généraux de la Bundeswehr étaient de vieux nazis. Des milliers de criminels de guerre retournaient dans les fonctions dirigeantes de l'État, de l'économie et de la politique. L'héritage et l'esprit de ces gens continuent à avoir ses effets jusqu'à aujourd'hui.

Les gens de la RDA, qui ont souhaité en 1990 la « réunification » ont été trompés, tout simplement. Ils pensaient combiner les acquis sociaux de la RDA avec les avantages matériels du capitalisme. Les dirigeants de l'Allemagne de l'Ouest nous ont promis des « paysages florissants » - et la plupart des gens de l'Est les attendent toujours. La RDA est diffamée aujourd'hui d'« Unrechtsstaat » (État de non-droit) mais, en fait, on nous reproche d'avoir réussi à nous soustraire de la domination capitaliste pendant plus de 40 ans.

Que peut-on tirer de positif de l'unification, dans l'optique contemporaine ?

Je serai bref. J'ai personnellement des difficultés à reconnaître dans l'unification, qui s'est plutôt déroulée comme une absorption de la RDA par la RFA, des éléments positifs. D'aucuns le voient autrement, c'est leur droit. Il y a certainement un bon côté que la frontière entre les deux États allemands n'existe plus. Son existence ne réjouissait personne. Beaucoup de citoyens se réjouissent de la liberté de voyager, mais tous ne peuvent en bénéficier, puisqu'ils n'ont pas les moyens de se permettre de voyager. Finalement je suis persuadé que les citoyens de la RDA ont perdu plus que ce qu'ils ont gagné. En premier lieu, la sécurité sociale. Le système de la RDA n'était pas parfait, mais il n'existe toujours pas d'État avec un système parfait. Mais en RDA, nous ne connaissions le chômage que des livres d'histoire, des récits des vieux et des journaux.

Tout un chacun avait le droit aux soins de santé qui étaient entièrement gratuits. Nous ne devions pas avoir peur de mémoire d'honoraires médicaux, personne ne devait avoir peur de la prochaine facture d'électricité ou craindre ne pas pouvoir payer le loyer du logement qui, en moyenne, ne dépassait pas les 10 % du revenu familial.

Le choix de vivres et de produits de consommation n'était pas aussi important, mais tout était payable, également les transports en commun publics. Il y avait en RDA un système scolaire exemplaire, dans lequel le revenu des parents n'avait aucune importance. D'ailleurs, ce système a été largement copié en Finlande, et ce pays est en tête de toutes les comparaisons internationales en ce qui concerne son système éducatif.

L'une des premières chansons que j'ai apprises à l'école s'intitulait « Kleine weiße Friedenstaube » (« Petite colombe blanche de la paix »). La préservation de la paix était l'une des préoccupations principales. La Nationale Volksarmee (Armée nationale du peuple) dont les premiers généraux étaient des officiers des Brigades internationales qui avaient défendu la République espagnole contre Franco, Hitler et Mussolini, a été la seule armée dans l'histoire allemande à ne jamais mener une guerre ! Aujourd'hui, les jeunes gens d'Allemagne de l'Est jouissent de la liberté de circulation avec la Bundeswehr en Afghanistan.

Dernièrement on prétend que la RFA avait dû consentir à la création de l'euro en échange de la permission de réaliser l'unification allemande. Qu'en pensez-vous ?

Cette affirmation est une sottise. Les dirigeants de la RFA comptent parmi les gagnants de l'introduction de l'euro. Pourquoi auraient-ils dû consentir à pareil sacrifice? L'ancien président de la République française, Valérie Giscard d'Estaing a écrit dans un livre qu'il aurait suggéré, avec l'ancien chancelier fédéral Helmut Schmidt (1974-1981), la création d'un système monétaire européen commun, duquel s'est développé finalement, en 2001, l'euro. Peut-être devrait-on le croire !

Est-ce que les gens de la RDA ont tiré un avantage de l'unification ?

Je ne peux pas en juger, puisque je ne peux pas parler pour tous. Les gens de la RDA bénéficient certainement de l'avantage de pouvoir choisir entre davantage de marchandises et de services - sous condition d'en avoir les moyens financiers.

Il est un fait que dans l'Est le taux de chômage officiel atteint 12,6 %, alors que dans l'Ouest il s'élève à 6,4%. Le revenu moyen de ceux qui ont un travail se situe à 77 % du revenu moyen dans l'Ouest, et l'indemnité de chômage est inférieure dans l'Est. Il y a davantage de familles pauvres dans l'Est que dans l'Ouest: beaucoup plus d'enfants vont à l'école sans petit-déjeuner, puisque les parents n'ont pas d'argent.

L'espérance de vie des hommes dans l'est de l'Allemagne est d'une année inférieure à celle de l'Ouest. En Mecklenburg, le risque de pauvreté est de 23 %, en Bade-Wurtemberg il s'élève à 10,9 %.

Le taux de natalité a diminué presque de moitié. Depuis 1990, quelque 1,7 millions de personnes ont quitté l'Est, ce qui correspond à 12% de la population. Ce sont les chiffres de l'Office fédéral de statistique. Jugez vous-mêmes quels sont les avantages que nous avons tirés de l'unification !

Comment avez-vous vécu l'unification, personnellement ?

Personnellement j'ai perdu, en 1990, mon travail et mon pays. Je l'ai déjà dit, l'État n'était pas parfait, mais je me suis identifié à ce pays et j'ai essayé - selon mes moyens - de le rendre encore meilleur et mieux vivable. Je ne puis regarder sans préjugés la République fédérale d'Allemagne, car un pays n'est pas seulement un territoire sur lequel vivent des gens. Un État a également une histoire et un présent politique. Je ne puis m'y identifier sans réserves.

En France, les films Good Bye Lenin et Das Leben der Anderen (La Vie des autres) sont connus. Est-ce que ces films reproduisent la réalité?
Nullement. Les films, comme les pièces de théâtre ne reproduisent jamais la réalité et, indépendamment de leur valeur artistique, sont le résultat d'un processus de réflexion, dans lequel l'auteur et les acteurs représentent un aspect de la réalité. Dans le meilleur des cas, ils suscitent une réflexion chez le spectateur.

Le premier des films que vous mentionnez est une mauvaise comédie, qui décrit les gens de la RDA en clowns. Le second fait dans le sentimental, avec des intentions très politiques. En conformité avec « l'opinion publiée » les citoyens de RDA sont réduits à des « acteurs » ou à des « victimes ». Cela ne correspond pas à la réalité. D'ailleurs, un autre film, intitulé Die Frau vom Checkpoint Charlie (La femme du Checkpoint Charlie) que la chaîne Arte a diffusé mercredi dernier repose sur un scénario mensonger et diffamatoire.

Peut-on être encore (ou à nouveau) nostalgique de la RDA ? Être nostalgique n'a rien de négatif, en soi, tant que cela ne domine pas la personnalité. Il y avait en RDA beaucoup de choses positives et chaque personne aura certainement beaucoup de souvenirs personnels plaisants. Se souvenir des éléments positifs est bien et nécessaire, car on ne peut vivre sans ces souvenirs.

Est-ce que la disparition de la RDA signifie un échec du communisme ou du socialisme sur le territoire allemand ?

Non. Celui qui réfléchit objectivement et celui qui analyse les problèmes de notre monde sans préjugés considérera que l'ordre capitaliste avec tous ses problèmes ne pourra pas être l'aboutissement de l'histoire de l'humanité. Les communistes, avec beaucoup d'autres gens, n'ont pas abandonné l'espoir qu'il devra y avoir un jour une société différente. Dans l'état de choses, cela ne pourra pas être une société sans l'exploitation de l'homme par l'homme, ce que nous les marxistes, appelons « le socialisme ».

Comment jugez-vous les paroles de l'hymne de la RDA ?

C'est une poésie magnifique que le communiste allemand Johannes R. Becher (NDLR : Johannes R. Becher [1891-1958] a été ministre de la Culture de la RDA et président du Kulturbund) a créée en 1949, mettant en évidence les principales préoccupations et surtout les espoirs des gens de l'Est de l'Allemagne. Lorsque j'ai été scolarisé, je fréquentais une école qui portait d'ailleurs le nom du poète Heinrich Heine. À l'entrée de l'école, il y avait une statue d'une femme qui pleurait son fils tombé sur le champ de bataille. Je me souviens des paroles affichées au mur, en lettres en bronze: « Laßt das Licht des Friedens scheinen, daß nie eine Mutter mehr ihren Sohn beweint!  » (« Laissez briller la lumière de la paix, afin que plus jamais une mère ne doive pleurer son fils ! ») Plus tard, j'ai reconnu que les deux lignes faisaient partie de notre hymne national.

Écoutez encore : « Auferstanden aus Ruinen, und der Zukunft zugewandt. Laß uns dir zum Guten dienen, Deutschland, einig Vaterland. Alte Not gilt es zu zwingen, und wir zwingen sie vereint. Denn es muß uns doch gelingen, daß die Sonne schön wie nie über Deutschland scheint.  » (« Ressuscitée de ruines, et tournée vers l'avenir. Nous voulons servir pour ton bien, Allemagne, patrie unie. Il s'agit de surmonter l'ancienne souffrance, et nous la vaincrons, ensemble. Puisque nous devons réussir malgré tout qu'un soleil si magnifique brille sur l'Allemagne. ») Un merveilleux programme, n'est-ce pas ! J'ai plutôt un problème avec les paroles et l'air de l'hymne de l'Allemagne actuelle. Bien qu'on ait supprimé officiellement le refrain « Deutschland, Deutschland über alles » (« L'Allemagne, l'Allemagne au-dessus de tout »), j'ai la difficulté de ne pas me rappeler de ces paroles - même si l'auteur les pensait autrement - que beuglaient les nazis lors de la conquête des autres pays, au Luxembourg, par exemple.

Et qu'en est-il de « Einigkeit und Recht und Freiheit » ?

Un bon programme. Mais croyez-vous qu'il soit mis en œuvre?

Pas vraiment ! Que regrettez-vous le plus de la RDA ? Et inversement : À quoi pouvez-vous renoncer le mieux ?

Je regrette avant tout de nombreux amis, les vieilles amitiés, le secours mutuel et l'ouverture dans les relations avec autrui, la sécurité sociale. Je ne regrette pas les longues files d'attente dans les magasins et devant les guichets pour acquérir un ticket de transport.

Vous sentez-vous à l'aise à Luxembourg ?

J'y ai trouvé un travail intéressant, motivant; j'ai retrouvé quelques anciens amis et, surtout, de nouveaux amis

Source : http://www.lequotidien.lu/index.php/interview-du-lundi/15800-Ona-perdu-plus-quon-gagn.html


Ce 9 novembre les « démolisseurs héroïques » du triste mur de Berlin vont se répandre sur les ondes, sur les écrans et dans les colonnes des journaux avides de célébrations « vendables ». Ils auront tous leur analyse, leur jugement et surtout, pour beaucoup d’entre eux, ils vanteront leur participation active à cet événement qui changea la face du monde. Mieux, regardez, écoutez et lisez : ils se glorifieront d’un moment de l’Histoire qui a confié au libéralisme économique débridé le sort de la planète. Tout le monde condamnera cette décision des bâtisseurs de la honte, qu’Israël impose pourtant actuellement aux Palestiniens dans un contexte beaucoup moins critiqué. Tout le monde s’extasiera sur la fin d’une oppression sur des peuples aspirant à décider de leur destin. Tout le monde y ira de son couplet sur les souffrances indiscutables des citoyens privés de leur liberté de pensée et frustrés de cet extraordinaire avantage offert à celles et ceux qui ne rêvaient que de… devenir des consommateurs. Rassurez-vous, il y aura bien des aboyeurs patentés pour effectuer une comparaison favorable entre la situation actuelle d’une Europe réputée heureuse de la libre concurrence, et celle, sombre, héritée des horreurs d’un conflit déclenché par un homme et un parti adoubés par le verdict du suffrage universel. Les détenteurs de « LA » vérité médiatique, inspirée par des témoignages partiels, vont se transformer en chantres d’une démocratie dont on sait qu’elle n’oppresse jamais le faible et n’avantage jamais le fort. C’est ainsi que vit désormais une société qui distille les poncifs sur lesquels prospère l’opinion dominante.

Or, il se trouve que le 21 juillet 1966, à 19 ans, avec une bonne partie de la promotion 137 de l’école normale d’instituteurs de la Gironde, je franchissais sans absolument aucune arrière-pensée le mur de Berlin, à 6h 30, à « Checkpoint Charlie », pour aller « survoler » la vie en Allemagne de l’Est, ce secteur confié au communisme soviétique pour servir de vitrine de ses réussites aux portes de l’Occident capitaliste. Un acte réfléchi et très rare pour des étudiants non inféodés au Parti Communiste Français, en une période où le climat restait « froid » entre les États concernés par le sort de l’Allemagne. Pas aisé à organiser pour le responsable de promotion élu que j’étais. Il avait d’abord fallu obtenir les autorisations des autorités françaises, qui condamnèrent durant des semaines cette volonté de ne pas se contenter des affirmations officielles. L’Office Franco Allemand de la Jeunesse (OFAJ) accepta, véritablement à contre cœur, de nous soutenir dans cette ouverture vers la RDA.

Le mur était verrouillé dans les deux sens… mais personne ne le rappellera forcément, car ce serait admettre que si les Allemands de l’est ne pouvaient pas effectivement sortir de leur forteresse idéologique, les Allemands de l’ouest n’avaient pas nécessairement la possibilité de faire le voyage inverse. Prévenus que la seule présence du tampon de la RDA sur notre passeport le rendrait «obsolète», nous prîmes pourtant le chemin de l’autoroute vers ce Berlin occidental, américanisé à outrance. Ville à soldats « néonisée » et « macdonaldisée » elle n’était accessible qu’après avoir franchi un premier « barrage » au début de l’autoroute. Une première longue galère pour s’affranchir de pseudos formalités administratives exigées par des Vopos qui avaient reçu des consignes pour continuer le blocus de l’ancienne capitale du Reich. Ce fut une rude épreuve, démontrant que tout passage constituait une affaire… diplomatique.

Le franchissement de Checkpoint Charlie deux jours plus tard, après de folles nuits dans des boîtes enfumées, fut, à la limite, plus simple. Il nous permit de découvrir un secteur de Berlin Est encore en ruines, encore mutilé, et d’une désolante tristesse architecturale, pour nous retrouver dans une auberge de jeunesse confortable, peuplée de jeunes cadres Russes venus en stage ou en soutien à un Etat qui espérait encore convaincre que l’espoir résidait dans le communisme. Rapidement, le vocable de « tovarich » installa des rapports humains, confortés par la vodka sortie des armoires. Elle s’échangeait contre des stylos billes, contre des Gauloises, contre des objets ordinaires qui manquaient au quotidien de la RDA. Chaque rencontre était encadrée par des « amis qui ne nous voulaient que du bien » et capables de tout justifier. Mais dans le fond, nous ne souffrions pas de cette situation, puisqu’elle nous plaçait en situation de privilégiés pour un superflu qui ne nous pénalisait pas. Le dialogue était stéréotypé avec nos accompagnants.

Le mur? « Quand vous voyez quelqu’un qui veut se jeter dans un puits ou du haut d’un pont, n’est-il pas logique de construire une protection pour l’empêcher de tomber dans le piège ». Le sport, alors gratuit, massif, encouragé pour des raisons de notoriété internationale? « Nous ne pourrons jamais convaincre les générations passées des bienfaits de nos actions. Nous tablons tout sur la jeunesse car c’est elle qui nous donnera raison! » La santé? « chez nous, tout est absolument gratuit et si nous n’avons pas les moyens matériels de l’ouest, personne n’est exclu de ceux qui existent chez nous ». La liberté? «  Elle n’a de valeur que si on a les moyens matériels comme chez vous de l’exercer. Quelle est la liberté de celui qui meurt de faim, n’a pas de travail et qui ne peut accéder à l’éducation, à la culture, au sport parce que ses disponibilités financières sont inexistantes ou trop faibles »! Le communisme? « Il n’est pas nécessairement partagé par les gens qui espèrent exploiter les autres pour construire leur fortune »… La religion? «  Demandez, et vous trouverez une église ouverte le dimanche matin, parmi celles qui n’ont pas été détruites ». Leipzig nous réserva à cet égard un accueil exceptionnel (hôtel de luxe, concert improvisé à l’orgue dans la cathédrale par Albert Schweitzer , liberté d’accès aux commerces…) comme si les chargés de propagande avaient voulu casser les images mauvaises transportées de l’Ouest. Nous avions l’impression grisante d’être des nantis au pays de la grisaille institutionnelle.

En fait, dès cet été 1966, sans être visionnaire, on sentait que le régime ne tiendrait pas, puisque le mur ne pourrait jamais arrêter les idées toutes faites, les fantasmes du profit, les communications via les ondes, qui vantaient les mérites de l’autre monde, celui des supermarchés regorgeant de produits oubliés, de la réussite individuelle, du capitalisme permettant de s’installer dans l’opulence. La RDA n’oublierait jamais le temps de son opulence liée aux productions agricoles de ses grands espaces, et de son industrie de précision. Impossible de se tourner vers l’avenir quand le passé est si pesant et le carcan si lourd…

Les miroirs réfléchissants, minutieusement passés sous l’autobus, les fouilles féroces, l’examen approfondi des listes de passagers et des passeports… les regards inquisiteurs des policiers en civil revinrent au retour, de l’autre coté de ce mur qui traversait la ville, la banlieue, la campagne comme une muraille triste d’une autre Chine. Nous étions retournés vers le monde prometteur du libre marché, de la libre entreprise, de la libre pensée. Nous y retrouvions, sur l’autre face, les premiers élus néo-nazis, de retour dans les parlements des Landers que nous visitions, car eux aussi avaient refait leur apparition, les usines qui crachaient leur fumées obscures dans la Rhur, au mépris de l’environnement des hommes qui y travaillaient jour et nuit, l’arrogance contenue d’un peuple, persuadé de sa supériorité, venant de sa rigueur et de sa vaillance.

La RDA n’a pas survécu au naufrage économique de la « non loi du marché ». Elle a simplement sombré sous l’influence du mythe de la libération par la consommation. Forcement, pour survivre, cet état artificiel usa et abusa de méthodes au moins aussi terribles que celles qu’il avait combattues une vingtaine d’années plus tôt… La fin du mur, célébrée comme un événement salvateur, a-t-elle véritablement changé la vie de toutes celles et et tous ceux qui l’ont voulue ? Si vous avez 19 ans, allez donc faire un petit tour en Roumanie, en Bulgarie, en Pologne, en Ukraine, en Biélorussie ou dans certains villages de l’ex-RDA pour vous forger votre idée. Il existe aussi des murs virtuels, qui ne tomberont jamais.

 

2 Commentaires

 

1.                daniel PALACIN dit :

8 novembre 2009 à 9 h 51 min

Bonjour Monsieur le Maire.

En vous souhaitant une bonne « Cagouillade » pour votre manifestation d’aujourd’hui, dans le cadre de « Label Fête de CREON », rassurons nos jeunes,car s’il existe des murs virtuels,qui ne tomberont jamais, il y aura toujours les anciens pour leurs expliquer, au moins ce qu’il y a derrière.
En tant que natif de la Charente, rien ne vaut un fagot de sarments enflammé à même le sol et un gril composer de petits gris, avec un verre de pineau rouge pour coller à la réalité du terroir,comme l’on dit.
Bien cordialement.

2.                Jean-Marie Darmian dit:

10 novembre 2009 à 19 h 26 min

Je voudrais simplement mettre en exergue cet article car il illustre la manipulation extraordinaire faite autour de la chute du mur et de sa sur exploitation politico-médiatique. Extraordinaire cette mauvaise foi à laquelle Alain Juppé, François Fillon, Nicolas Sarkozy ont moins de mémoire que moi. Car me réconforte un peu… Allez voici un extrait d’un papier sur « le mur si je mens.. » la belle histoire des menteurs qui ont fait le mur mais pas l’histoire. A lire :

« Nicolas Sarkozy réécrit-il l’Histoire ? Dimanche après-midi, le chef de l’État poste une note sur sa page Facebook pour raconter son 9 novembre 1989. « Le 9 novembre au matin, nous nous intéressons aux informations qui arrivent de Berlin et semblent annoncer du changement dans la capitale divisée de l’Allemagne. Nous décidons de quitter Paris avec Alain Juppé pour participer à l’événement qui se profile », croit se rappeler le chef de l’État.

Il ne faut pas une heure pour que cette version soit sérieusement mise à mal sur Internet. De l’avis des observateurs, il était impossible de savoir le 9 novembre au matin que le mur de Berlin allait tomber le soir. Le premier à publier ses doutes est le journaliste de Libération Alain Auffray, qui écrit sur son blog : « Le matin du 9 novembre, personne à Paris – ni même à Berlin – ne pouvait soupçonner que le Mur allait tomber. Les radios et télévisions ouest-allemandes n’ont commencé à évoquer la libre circulation qu’à partir de 20 heures. » Et Alain Auffray de se demander : Nicolas Sarkozy n’était-il pas plutôt à Colombey-les-Deux-Églises pour commémorer la mort du général de Gaulle, comme chaque 9 novembre ? Une photographe qui a accompagné à Berlin la délégation RPR est catégorique : « Sarkozy avec Juppé à Berlin, ce n’était pas le 9 novembre, c’est certain ».

Source : http://www.jeanmariedarmian.fr/un-mur-en-cache-toujours-dautres/#comments

 

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