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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 17:17

 

 

 Les quelques notes biographiques ci-dessous constituent un élément de plus dans cette question qui a animé l’« allemagnesocialiste » entre décembre 2009 et janvier 2010 (http://uneallemagnesocialiste.over-blog.fr/25-index.html).

Elles vont même dans d’autres directions...

 

EmilFuchs.jpgEmil FUCHS, né le 13 mai 1874 à Beerfelden (Odenwald), décédé le 13 février 1971 à Berlin. Théologien, socialiste, quaker et écrivain.

De 1894 à 1898, il étudie la théologie protestante de l'Université de Giessen. Durant son année de service militaire, il atteint le grade de sergent. A Rüsselsheim, il cofonde une académie populaire. En 1921, en Thuringe, il fonde un groupe de travail, les « religieux socialistes ». Fuchs est également actif dans le Mouvement populaire pour la culture et l'éducation des adultes.

Après la Première Guerre mondiale, en 1921, Fuchs rejoint le SPD qu’il quittera en 1947* (ou 1949). Il participe à la Ligue nationale des socialistes religieux, dans laquelle il est longtemps actif comme membre du conseil.

En 1933, Fuchs est exclu de l'Association des professeurs d'université. La même année, il est arrêté et condamné à un mois d'emprisonnement pour avoir « insulté le Gouvernement ». Il sera désormais sous la surveillance de la Gestapo.

Après la Seconde Guerre mondiale, il obtient un poste de professeur à l'Université de Leipzig, où il enseigne la théologie et la sociologie de la religion de 1949 jusqu'à sa retraite en 1958.

En RDA, Fuchs est de nouveau politiquement actif. En collaboration avec les quakers, il veille à ce que les soldats puissent refuser de porter les armes dans l'Armée populaire, en effectuant leur service national comme « soldats de construction » (ou soldats du génie). En 1954, il est nommé membre d'honneur de la CDU par Otto Nuschke.

Le 2 septembre 1961, il est à la tête d'une délégation de citoyens chrétiens, dignitaires de l'Eglise et théologiens, qui ont des entretiens avec le président du Conseil d'État, Walter Ulbricht sur le statut des chrétiens. Fuchs meurt à Berlin-Est en 1971.

La reconnaissance publique se traduit par l’attribution de nombreux prix. Entre autres, il obtient en 1953 la médaille de la paix, il est reçu dans l'Ordre du Mérite de la patrie en 1954. En 1964, il reçoit le Drapeau de travail. Cinq ans plus tard on lui attribue le doctorat honorifique de l'Université Humboldt de Berlin et l’Etoile de l'amitié internationale.

Klaus Fuchs est le troisième fils d'Emil Fuchs . Très jeune, il s’intéresse à laKlausFuchs.png politique et devient membre du Parti communiste allemand. Lorsque les nazis arrivent au pouvoir, il se réfugie en Angleterre via la France. En 1943, il est transféré aux Etats-Unis d’Amérique où il commence à travailler sur le projet Manhattan. Durant cette période il fournit des notes très détaillées sur le projet atomique aux Soviétiques.

L’union soviétique étant envahie par l’Allemagne nazie, Klaus Fuchs estime que l'URSS est en droit de savoir ce que les Etats-Unis d’Amérique et le Royaume-Uni préparent.

Une fois son réseau démantelé par le FBI, il avoue ses activités et est condamné à quatorze ans d’emprisonnement, le maximum prévu par la loi britannique pour avoir fourni des secrets militaires à une nation alliée. Après avoir effectué neuf ans de sa peine, il est autorisé à rentrer en Allemagne de l’Est. Il s’installe à Dresde et reprend sa carrière scientifique et donne des cours de physique à l'université.

Depuis 1967, il est membre du Comité central du SED, depuis 1972, entre 1974 et 1978 il fait partie du Présidium de l'Académie des sciences de la RDA. En 1984, il est nommé chef des conseils scientifiques pour la recherche sur l'énergie et sur les principes de la microélectronique. Il reçoit plusieurs décorations officielles. En 1983, il devient membre du comité sur les questions scientifiques relatives à la sauvegarde de la paix et le désarmement et membre honoraire du Conseil de recherche de la RDA. Il meurt en 1988 à Berlin-Est. Son urne de trouve dans le cimetière Lichtenberg Friedrichsfelde à Berlin.

 

On le voit, la religion, la politique et les activités de renseignement sont étroitement imbriquées, ce qui ne facilite pas l’interprétation des faits. Cependant, dans l’état actuel de mes connaissances, et sans fausse naïveté, je considère que ces deux citoyens de la RDA ont « bien mérité de la Patrie » !

 

 

 

Sources :

* http://www.uni-leipzig.de/unigeschichte/professorenkatalog/leipzig/Fuchs_608

-   http://fr.wikipedia.org/wiki/Emil_Fuchs ;

-   http://www.bbkl.de/f/fuchs_em.shtml ;

-   http://de.wikipedia.org/wiki/Klaus_Fuchs ;

-    http://de.wikipedia.org/wiki/Klaus_Fuchs ;

-     http://school.kiweo.com/1/576/ ;

-      http://www-personal.umich.edu/~sanders/214/other/handouts/chr_spy.html .

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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 17:17

KommunistPlattform-Logo.jpgLa Plate-forme communiste (Kommunist Plattform) est une association fondée début 1990 à l’intérieur du PDS devenu Die Linke après sa fusion avec le WASG en juin 2007.

Confrontés à leur passé les communistes de la KPF ne pratiquent pas la « repentance » mais assume l’héritage.

L’héritage pacifiste en s’opposant à toutes les guerres soutenues par l’Allemagne capitaliste à l’image d’un Karl Liebknecht  votant seul contre les crédits militaires en 1914.

L’héritage social qui se traduit notamment dans la volonté d’aboutir à l’abrogation de la loi Hartz-IV.

Ils sont également, avec d’autres, les héritiers, de l’antifascisme, du combat contre le racisme, de la démocratisation de la culture.

S’ils estiment nécessaire un débat franc –et parfois douloureux- sur la RDA, ils jugent que cet Etat trouvait sa légitimité dans la construction du socialisme. Ainsi, ils se sont opposés en 2001 à une déclaration du PDS condamnant la construction du mur de Berlin.

La KPF a aujourd’hui environ 1 100 membres (ils étaient 850 en 2007) mais son influence sur la base du Parti est loin d’être négligeable. Elle édite un mensuel tiré à 1 500 exemplaires Mitteilungen der Kommunistichen Plattform. Ses activités l’amènent parfois à entrer en contact avec le DKP. SarahWagenknechtSchule.jpg

Sa représentante la plus connue est Sarah Wagenknecht. Cette adhérente de la KPF, née en 1969 à Iéna (RDA), fait une brillante carrière politique : depuis 1991, on la retrouve régulièrement dans les instances nationales du PDS pus de Die Linke, elle est députée au Parlement européen entre 2004 et 2009, enfin elle a été élue au Bundestag en 2009.

Espérons que les Allemands qui veulent, comme nos amis de la Plate-forme, faire fructifier l’héritage soit de plus en plus nombreux.

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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 17:17

3/ Des grèves pour la paix à la fondation du KPD (janvier1918-janvier 1919)

Du 28 janvier au 3 février 1918, des centaines de milliers d’ouvriers cessent le travail, passant outre les directives des syndicats, pour exiger une paix sans annexion. Le mouvement est brisé par l’armée qui pose un ultimatum aux grévistes, procède à des arrestations et menace de faire usage des armes. Les dirigeants sociaux-démocrates, compromis avec la bourgeoisie, laissent faire.

Fin octobre 1918, une révolte lancée par les marins de Kiel se répand dans de nombreuses villes, Lubeck, Hambourg, Brême, Munich, etc. entraînant la formation de conseils de soldats et d’ouvriers. Les sociaux-démocrates majoritaires, s’ils semblent alors « courir après la révolution » placent néanmoins leurs hommes dans ces nouvelles structures, ce qui leur permettra de retourner le mouvement le moment opportun…

Le 9 novembre, le prince Max de Bade annonce l’abdication de l’empereur. Alors que d’immenses cortèges gagnent le centre de Berlin, le social-démocrate Scheidemann du Reichstag proclame la République d’une fenêtre du Reichstag tandis que Liebknecht devant la foule massée devant le château royal s’écrie : « Vive la République socialiste libre ! ». Le 10, les sociaux démocrates prennent le pouvoir, un conseil de six commissaires du peuple avec à sa tête Ebert ; celui-ci prend la direction du gouvernement révolutionnaire tout en alliant secrètement avec l’armée dans le but de préserver l’ordre bourgeois !

Les dirigeants de l’armée imputent la défaite militaire à cette situation révolutionnaire pour nier leurs responsabilités et celles de leurs commanditaires. Cette fable sur « l’armée trahie par l’arrière » explique en grande partie la dérive de la République de Weimar.

Sous la pression populaire, les patrons et les dirigeants syndicaux, de sensibilité sociale-démocrate, signent un accord le 18 novembre 1918. Ce texte codifie certaines conquêtes déjà acquises : journée de 8 heures, reconnaissance des syndicats comme partenaires légaux, etc. Mais l’essentiel est préservé, les usines restent propriété des industriels, de plus les conseils ouvriers sont ignorés. Dames donnant à boire au soldats (1918-1919)

Mais, mis à part Berlin et quelques grandes villes où les conseils ouvriers détiennent effectivement le pouvoir, la plus grande partie de l’Allemagne reste sous le contrôle des anciennes autorités. Presque aucun haut fonctionnaire ne sera licencié, aucun juge, aucun commissaire ne sera limogé.

A partir de décembre 1918, les journaux et les partis de droite redressent la tête et font campagne pour l’assemblée nationale contre les conseils ouvriers. Le 12 décembre, les premiers « corps francs » (troupes de mercenaires) sont constitués. Le Congrès des conseils ouvriers, réuni du 16 au 21 décembre, est contrôlé par les Majoritaires qui lui font reconnaître le pouvoir du Conseil du peuple et accepter l’idée d’une assemblée nationale constituante.

Le 29 décembre 1918, les trois commissaires USPD démissionnent pour ne pas cautionner l’assaut qui fit cinquante morts parmi les marins venus réclamer le paiement de leur solde. Ils sont immédiatement remplacés par 3 SPD dont un se récusera.

Du 29 décembre 1918 au 1er janvier 1919 se déroule le Congrès de fondation du Parti communiste allemand (DKP). S’il est heureux que les Spartakistes se soient enfin détachés de l’USPD pour bâtir un véritable parti révolutionnaire, cette création arrive bien tard et la décision de ne pas participer aux élections à l’Assemblée nationale, contre l’avis de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, ou le fait de sous-estimer l’importance de l’appareil d’Etat se paieront très cher.

 

 

4/ Après l’élection de la Commission révolutionnaire (à partir du 5 janvier 1919)

Le 5 janvier 1919, une commission révolutionnaire est élue. Elle est dirigée par Ledebour (USPD) et Liebknecht (KPD) et doit remplacer le Conseil des commissaires.

Entre le 6 janvier et la mi-janvier, des manifestations, des grèves et des combats, perdus par les insurgés, ont lieu dans plusieurs grandes villes.

Le 14 janvier, les révoltés sont vaincus à Berlin. Le 15, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht sont assassinés par les corps francs.

Le 16 janvier, Die Rote Fahne est interdit. Le 19, les élections à l’Assemblée nationale constituante, auxquelles le KPD ne participe pas, sont remportées par le SPD qui y détient la majorité relative.

Le mouvement révolutionnaire est écrasé dans le sang. Les intérêts de la bourgeoisie militariste et impérialistes sont préservés et le social-démocrate Ebert, ayant bien mérité du capital, est élu président de la République par l’Assemblée.

Le martyre continue en mars. Comme en janvier, les révolutionnaires, désunis, privés de chefs, longtemps sans parti sont battus séparément dans les diverses villes et les militants les plus courageux sont massacrés. On compte 55 morts dans Halle entre le 1er et le 3 mars, 1 200 révolutionnaires sont fusillés à Berlin du 12 au 15 mars.

La République des conseils de Bavière ne durera qu’un mois, avril. Ses dirigeants seront fusillés.

Le triomphe de la réaction semble alors total lorsque la Constitution de Weimar est adoptée le 11 août 1919. Mais, dans son article posthume paru dans Die Rote Fahne Karl Liebknecht « Serons-nous encore en MonumentMartyrsRevolution1919.jpgvie quand notre but sera atteint ? Notre programme lui, vivra : il dominera le monde où vivra une humanité libérée. Malgré tout ! »

Les communistes allemands, en dépit d’une histoire tragique, ont conservé cette certitude et l’ont même fait vivre à l’échelle d’un pays, la RDA, qui fut le poste avancé du camp socialiste. 

Aujourd’hui, le combat pour l’émancipation continue. Ces expériences dramatiques, ces exploits, ces réussites nous sont indispensables pour construire une société socialiste…

 

Illustrations :
Femmes servant à boire aux soldats d'une patrouille révolutionnaire (Histoire de l'Allemagne contemporaine, Editions sociales) ;
Monuments aux martyrs de la Révolution (Bundesarchiv).

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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 12:54

1/ L’Allemagne au début du vingtième siècle

En Allemagne, au début du XXe siècle, on assiste à la montée en puissance de la grande bourgeoisie et au lent déclin de la noblesse terrienne.

Si l’Allemagne est un pays moderne dans le domaine scientifique et technique, elle est arriérée dans le domaine social et politique. La société est divisée en classes qui se mélangent difficilement. Le modèle hérité des rois prussiens perdurent et l’empereur est au sommet d’une société où règnent la discipline, voire le dressage, et la toute-puissante armée.

Entre 1870 et 1914, en dépit du fait que les profits augmentent plus vite que les salaires, le sort des ouvriers s’est, en général, amélioré. En revanche, le prolétariat agricole connait la misère.

La guerre va bouleverser cet équilibre. Dès 1915, des révoltes éclatent à cause du mauvais ravitaillement. Durant le conflit, les prix augmentent plus vite que les salaires. CantinesMunicipalesBerlin1918.jpgLa production agricole baisse (par exemple, on récolte 89 quintaux de pommes de terre à l’hectare en 1916-1917 au lieu de 131 avant la guerre). Le prolétariat urbain n’a que ses rations pour vivre alors que certains peuvent s’approvisionner au marché noir. Cette dégradation des conditions de vie de cette catégorie sociale explique aussi le fait que certains de ses éléments se laisseront séduire par les avantages matériels procurés par l’enrôlement dans les corps francs destinés à écraser la révolution.

Pendant que de nombreux travailleurs des villes et des campagnes tombent sur les champs de bataille, les gros industriels comme Krupp, Thyssen ou Stinnes font d’énormes bénéfices.

La révolution bolchévique sera une lueur d’espoir dans la nuit de la guerre. Ainsi, en janvier 1918, les révolutionnaires de Brême écrivent dans leur journal que tout le pouvoir doit aller aux conseils ouvriers après le renversement du pouvoir capitaliste !

 

2/ Partis politiques représentant les masses populaires

A cette époque, trois formations politiques représentant les masses populaires.

Le Parti social-démocrate, majoritaire, bien organisé, ayant une grande influence dans les milieux syndicaux est également solidement implanté chez les fonctionnaires et influence une partie des classes moyennes. Les thèses Bernstein.jpgdes droitiers comme Bernstein triomphent après 1905, et arrime définitivement ce mouvement à la bourgeoisie. L’appareil dirigeant en vient à soutenir l’expansion du capitalisme allemand. Ce glissement explique sa politique d’union sacrée.

Les Indépendants de l’USPD, exclus du Parti social-démocrate en janvier 1917, sont plus proches des préoccupations ouvrières dans les grands centres. Mais ils ont une attitude hésitante car ils ne souhaitent pas couper les ponts avec la social-démocratie.

Enfin, les Spartakistes –tirant leur appellation des Lettres de Spartacus publiées depuis 1916 par l’extrême-gauche de la social-démocratie-, bien que membres de l’USPD jusqu’à la fin de l’année 1918, ont des positions plus tranchées, ils militent pour l’instauration d’un régime socialiste. Ils sont relativement peu nombreux mais peuvent réussir à entraîner une grande partie des masses prolétariennes. En revanche, un grand nombre de paysans les ignorent ou leur sont hostiles, en sens inverse, la gauche radicale méconnait leur situation et ne parvient pas à les sensibiliser.

DieRoteFahneFevrier1919NousAccusons.jpg

Illustrations :
1/ Cantines municipales de Berlin pour les habitants affamés en 1918 (source : http://www.deuframat.de/deuframat/images/3/3_2/schneider/HUNGER27.jpg) ;
2/ Eduard Bernstein, un des pères du glissement à droite du SPD (source : http://nuke.europariformista.eu/) ;
3/ Numéro de Die Rote Fahne dénonçant l'assassinat de Liebknecht et Luxemburg (source : http://www.udo-leuschner.de/zeitungsgeschichte/kpd/rotefahne.htm).

(à suivre) 

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13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 13:28

Antifa-Block1945.jpgHasard du calendrier, clin d’œil de l’Histoire ou volonté délibérée, c’est le 14 juillet 1945 que la KPD, le SPD, la CDU et le LDPD se réunissent à Berlin pour fonder le front uni des partis antifascistes démocratiques. Leur programme comprend la lutte contre le fascisme et le militarisme, la reconstruction de l’économie, le respect des libertés individuelles et religieuses, l’exécution loyale des tâches dictées par l’occupant et la reconnaissance du devoir de réparation.

Le front uni, qui sera vite appelé « Bloc démocratique » se dote d’un comité central permanent où siègent cinq représentants de chaque courant politique. Toutes les résolutions ou recommandations ne sont adoptées qu’à l’unanimité. Le communiqué publié à l’occasion de la constitution du Bloc démocratique recommande la formation de comités communs à tous les niveaux.

Pour le KPD, cette politique d’alliance se rattache à la politique de front populaire telle qu'elle avait été définie par l’Internationale communiste.

Cet unanimisme, qui ressemble déjà à celui de la RDA, peut agacer et, on le verra, n’est pas exempt de risques. Toutefois, il ne faut pas oublier que ce système vise essentiellement à éviter les dérives de la République de Weimar. Ce régime formellement républicain, formellement démocratique, respectueux de la « séparation des pouvoirs » chère aux idéologues bourgeois, doté également d’une majorité et d’une opposition n’avait pas empêché, ou avait même favorisé, l’ascension d’Adolf Hitler et la prise de pouvoir par les nazis…
blockParteien1945.jpg





Représentants des partis du Bloc : Otto  Grotewohl (président du SPD), Andreas Hermes (président de la CDU), Wilhelm Pieck (président du KPD), Dr Arthur Werner (maire de Berlin,sans parti) et Waldemar Koch (président du LDPD).

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1 février 2010 1 01 /02 /février /2010 00:00

PdlR2-11-1973Le 23 avril 1976, le Palais de la République, situé au centre de Berlin près de la Spree, ouvre ses portes. C’est une construction originale, une véritable « Maison du Peuple » qui permet de faire cohabiter le Volkskammer, des salles de spectacles, un théâtre, une galerie d’exposition, des restaurants, etc. Du 18 au 22 mai, le Palais de la République accueille le IXe Congrès du SED. Des artistes aussi divers qu’Harry Belafonte, Myriam Makeba ou Mireille Mathieu s’y produiront.

En 1950, on procède au dynamitage des rois de Prusse déjà très endommagés. Cet emplacement servira aux défilés et aux cérémonies.

La décision de créer le Palais de la République place Marx-Engels est prise Pdlr3par le bureau politique du SED le 27 mars 1973. L'un des plus éminents architectes de la RDA, Heinz Graffunder, est nommé architecte en chef. Dans le collectif chargé de la conception de l’ouvrage on retrouve notamment Ernst Swora, Manfred Prasser et Günter Kunert. La première pierre est posée le 2 novembre 1973 par Erich Honecker.

Le Palais de la République réuni trois tendances architecturale : celle des palais de la culture soviétiques, celle de l’école sociale du mouvement ouvrier née à la fin du 19e siècle et la tendance mondiale des centres culturels et des palais des congrès.

En plus du Palais, plusieurs programmes de reconstruction et de restauration sont mis en œuvre dans le centre historique de Berlin. Ils symbolisent l’ouverture d’esprit du régime socialiste. Il s’agit notamment des travaux effectues en vue des cérémonies commémorant le 750e anniversaire de celle-ci en 1987 : ainsi le quartier Saint-Nicolas et la place de l'Académie retrouvent leur aspect antérieur ; un peu plus tôt, la statue équestre de Frédéric II reprend sa place traditionnelle devant l'université Humboldt. Il est intéressant de noter que les responsables de l’Allemagne de l’Est procèdent à la reconstruction de la synagogue de l'Oranienburgerstrasse.

PdlR-ArbreDeVerre.jpgUn rapport officiel de la RDA indique que le coût du Palais de la République est de 485 millions de marks est-allemands.

Le bâtiment a une forme rectangulaire (longueur : 180 m, largeur : 85 m, hauteur : 32m). Sa hauteur est alignée avec celle des bâtiments voisins notamment avec celle du siège du conseil d'Etat.

Après la liquidation de la RDA, l’immeuble est laissé à l’abandon puis désamianté. L’impérialisme veut faire sombrer dans l’oubli la période socialiste (qu’a-t-il à craindre de cet « épisode totalitaire » ?) et, pour ce faire, il procède à l’« effacement des traces » : le sort du Palais de la République est scellé. Sa mise à mort, décidée en haut lieu, au Bundestag, durera 2 ans, entre 2006 et 2008.

Depuis la disparition du bloc socialiste européen, et de la RDA, l’empire peut, à condition de changer de méthode, reprendre ses aises. Comme pour symboliser le retour de l’Aigle, capable de dépecer un pays ou de mettre sous tutelle son économie, le Sénat de Berlin décide de « reconstruire » le château des Hohenzollern !PdlR-Chambre.jpg

C’est la Ville de Berlin, pourtant très endettée, qui prend en charge le coût de cette « restauration » officielle d’un certain passé prussien estimée à 670 millions d’euros. Les professionnels de l’indignation sont muets ou presque à ce sujet, alors qu’ils ont commenté sans retenue le coût et les défauts réels ou supposés du Palais de la République qui symbolise l’ « incurie des régimes communistes totalitaires » ou si on préfère les « penchants mégalomaniaques des autocrates staliniens »…

Vingt ans après, les puissants ont l’enthousiasme bruyant mais ce dernier ne semble pas vraiment communicatif. En effet, beaucoup de personnes savent, parfois confusément, que la destruction d’un symbole comme le Palais de la République n’entraine pas la disparition du projet au nom duquel il a vu le jour…

 

 

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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 11:57

Dans l’article sur les troupes de combat de la classe ouvrière, je cite Paul Laveau qui, dans son ouvrage La RDA au quotidien, nous précise que ces milices ouvrières sont organisées en centuries.

Inflation1923.jpgMais, l’Allemagne a déjà connu entre les deux guerres ce type de formations.


L’année 1923 est une année de crise économique et politique. En quelque mois le mark plonge, il passe de 18 000 marks pour un dollar à 8 millions au 1er novembre. Cette dépréciation de la monnaie se traduit par une hausse considérable des prix. En novembre, le salaire d’une journée ne permettait plus le lendemain que d’acheter les 2/3 ou la moitié des produits qu’on aurait pu acquérir la veille !
InflationBoulangerie1923.jpg

Une grande misère touche les milieux populaires, une grande partie des classes moyennes est prolétarisée. Cette situation arrange toutefois les grandes entreprises qui remboursent en « monnaie de singe » les prêts consentis par l’Etat.

 

Dans les territoires occupés de la Ruhr, la majorité de la population soutient la consigne de résistance passive donnée par le Reichstag. En avrHambourgThalmann1923.jpgil 1923, 13 ouvriers des usines Krupp s’opposant à cette occupation sont tués.

En novembre, Hitler tente de prendre le pouvoir, c’est le putsch de Munich. Lâché par ces complices, il est arrêté. Il reste en prison une année ce qui lui laisse du temps pour écrire son « programme », Mein Kampf.

Face à cette situation désastreuse, les éléments les plus conscients de la classe ouvrière ne peuvent pas rester inactifs.

En avril 1923, un Comité exécutif des conseils d’entreprise (une sorte de comité d’entreprise) préconise la formation de centuries révolutionnaires (détachements d’autodéfense composés de cent hommes environs) sur une base paritaire (KPD et SPD). La direction du KPD est divisée sur la tactique à suivre. Toutefois, le VIIIe Congrès du parti à Leipzig s’est prononcé pour la création de gouvernements ouvriers (c’est-à-dire pour la participation de communistes à des gouvernements dirigés par des socialistes de gauche) « qui seraient portés et poussés en avant par la vague révolutionnaire. »

Au début d’octobre, le glissement à gauche qui s’est produit au sein du SPD HambourgThalmannBarricades1923.jpgpermet la constitution en Saxe et en Thuringe de « gouvernements ouvriers » ; le 12 et le 13, des communistes sont entrés au gouvernement de ces deux Länders.

Le 1er mai 1923, défilent à Berlin 25 000 membres des centuries révolutionnaires. A la même époque, les syndiqués constituent des commissions de contrôle des prix qui vont sur les marchés, réquisitionnent les marchandises faisant l’objet de trafics, obtiennent des réductions de prix pour les chômeurs, etc. Le premier rôle qui est assigné aux centuries est de protéger ces commissions de contrôle, les syndicats, etc. Les ouvriers, membre de ces structures, ne « jouent » pas aux révolutionnaires, ce ne sont pas non plus des brigands même si quelques éléments douteux peuvent se glisser dans leurs rangs. Quelques exemples pour appuyer cette affirmation : à Crefeld, les chômeurs ne paieront que 2/3 des prix marqués, à Berlin-Mitte, la commission découvre d’importantes fraudes fiscales, à Essen, elle réquisitionne un stock de pommes de terre qui était expédié à l’étranger et le fait distribuer à la population.

En juin, le KPD créé un Comité militaire central, qui se préoccupera cependant plus d’armer les centuries révolutionnaires que de coordonner leurs efforts. Encore borne-t-il son action surtout à l’Allemagne centrale.

Le 26 septembre le gouvernement du Reich reprend l’initiative et proclame l’état d’exception, c’est-à-dire qu’il confie le pouvoir à la Reichswehr. Le commandement militaire ordonne la dissolution HambourgBarricadeBoulevard1923.jpgdes centuries prolétariennes. En Saxe, le ministre-président Zeigner (social-démocrate) refuse d’obtempérer, les centuries prolétariennes étant selon lui parfaitement légales. Sur quoi le ministre de la Reichswehr, Gessler, donne aux troupes l’ordre d’intervenir et de déposer les gouvernements récalcitrants, pourtant parfaitement légaux.

La résistance populaire n’est pas organisée, les sociaux-démocrates refusent de suivre les communistes qui proposent de lancer le mot d’ordre de grève générale.

En Thuringe, les centuries révolutionnaires se dissolvent, et les ministres communistes se retirent. En Saxe, quelques heurts se produisent. Zeigner refuse de démissionner, l’armée arrête plusieurs ministres, installe au pouvoir un haut commissaire.

La direction du KPD et l’Internationale estimaient alors que tout soulèvement armé était voué à l’échec. Une directive allant en ce sens arriva trop tard à Hambourg. Les membres du KPD de cette ville quoique peu nombreux (le Parti comptait 18 000 membres inscrits) mais efficacement dirigés pat Thälmann et Remele réussissent à faire échec à la police notamment dans les faubourgs de Barmbek, Eimsbüttel et Schiffsbek. Ils ont occupé 26 postes de police, se sont armés, dressant des barricades dans les rues, arrêtant même des renforts de police expédiés de l’extérieur.

Mais, comme lors des combats de 1920 et 1921, le mouvement resta isolé et, au terme de trois jours de combats, les forces gouvernementales restèrent maîtresses du terrain.

Les dirigeants communistes ont sous-estimé les advHambourgBarricadePont1923ersaires (forces de droite et Reichswehr) et ils ont eu tort de compter sur le soutien de la classe ouvrière, Thälmann lui-même écrira qu’à Hambourg « 300 communistes furent soumis au feu roulant de 6 000 policiers et soldats ». Un bilan de cette insurrection fait état de 21 morts, 175 blessés et 102 prisonniers.1

Ce récit n’est qu’un épisode parmi d’autres dans l’histoire sanglante de la République de Weimar. Ainsi, de janvier 1919 à juillet 1922, E.-J Gumbel recense 354 assassinats fomentés par la droite contre 22 assassinats par la gauche.2 On comprend bien pourquoi les dirigeants de l’Allemagne orientale refuse d’adopter à la Libération les principes « démocratiques » de la Constitution de 1918 qui ont permis, voire favorisé, l’instauration du fascisme. Inversement, cela semble normal que le jeune Etat socialiste veuille honorer la mémoire de ces héroïques précurseurs en reprenant le terme « centurie » pour les Betriebskampfgruppen

 

 

D’après les éditions de 1962 et de 1987 de l’Histoire de l’Allemagne contemporaine parues aux Editions sociales.

 


Photos :
- sur l'inflation (http://www.dialoginternational.com/dialog_international/2008/09/the-weimar-econ.htm et http://www.missouriwestern.edu/orgs/germanclub/inflation2.html) ;
- photos
en noir et blanc de Thälman et du soulèvement de 1923 extraites de Bewaffnete Kämpfe in Deutschland  1918-1923 (Dreetz, Dieter) ;
- tableau intitulé
« sur les barricades en 1923 »

Ich danke meinem Korrespondentin Brandenburg.
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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 13:07

ConseilEtat.jpgWilhelm Pieck est le premier et le dernier président de la République démocratique allemande.

C’est le Conseil d’Etat, émanation de la Chambre du peuple (Volkskammer), élu par celle-ci qui le remplacera. Il sera élu pour la première fois le 12 septembre 1960.

Le socialisme étant solidement établi, il est désormais nécessaire d’étendre à l’organisme suprême de la République le principe de collégialité. Toutes les couches du peuple et toutes les formations politiques y sont représentées.

Entre les sessions plénières de la Chambre du peuple, il s’acquitte de toutes les obligations découlant des lois et des décisions.

Le président du Conseil d’Etat représente la République dans les relations internationales.

Le Conseil d'Etat procède à la nomination des membres du Conseil de défense nationale,
Il répond aux requêtes des citoyens adressées à la Chambre du peuple. Il étudie les projets de lois. Il intervient dans les plans économiques nationaux.

De 1960 à 1974, il peut adopter des ordonnances -qui seront soumises à la l'approbation de la Chambre du peuple-, d’autres décisions ont force de loi. Après cette date, il perd ces attributions.

Cet organe est présidé de sa fondation à 1973 par Walter Ulbricht. Lui succèdent Willi Stoph (1973-1976), Erich Honecker (1976-1989) et Egon Krenz (je n'évoque que la période où la RDA est réellement indépendante vis à vis de l'Allemagne fédérale).

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2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 18:52

 

I Un regard avant le Tournant

Dans l’Histoire de l’Allemagne, RFA RDA parue en 1987 sous la direction de notre regretté Gilbert BADIA, après avoir fait état de la faiblesse de l’« opposition » au régime (par exemple, a mouvance pacifiste « alternative » protégée ou soutenue par les Eglises, n’étaient composée que de 5 000 à 10 000 sans cohérence idéologique), il est fait mention d’une série de déclarations publiques de hauts dignitaires des Eglises qui tendent à démontrer que la plupart des religieux, comme la majorité des citoyens n’ont pas « trahi » leur pays, mais qu’ils ont dû se plier aux exigences du « nouvel ordre mondial » issu de la défaite de l’URSS et de l’ensemble du camp socialiste européen. Voici ces pétitions de soutien à la RDA socialiste : « (…) En estimant d’autre part (synode de Dresde, septembre 1985) qu’il faut « partir de l’existence de deux Etats allemands souverains » et que « ceux qui disent autrement mettent la paix en péril, au moins indirectement », l’évêque de Dresde, J. Hempel, rejoint la position officielle.

Sur le plan intérieur, l’Eglise protestante reste fidèle à sa ligne de conduite résumée par la formule de « solidarité critique ». Néanmoins, soucieuse de contribuer à la stabilité du pays, l’Eglise ne se fait pas faute de souligner à l’adresse des fidèles les aspects positifs d’un pays où « d’importants droits sociaux et culturels ont été acquis » (Manfred Stolpe, président du Consistoire). Elle les invite à abandonner toute attitude systématique de rejet, demande aux candidats potentiels à l’émigration de bien peser le pour et le contre et les met en garde contre toute décision hâtive. Elle joue de ce fait un rôle d’intégration apprécié par l’Etat.

Au sein de l’Eglise catholique, diverses voix s’expriment, en 1986, dans un sens similaire. Que de chemin parcouru depuis les années 1950 ! En 1956, l’évêque Otto Spulbeck comparait la RDA à « une maison dont nous n’avons pas construit les fondations et dont nous pensons du reste que les bases sont fausses » ajoutant « cette maison reste pour nous une maison étrangère ». En 1986, l’évêque d’Erfurt-Meiningen, Joachim Wanke, déclare : « La RDA n’est pas mon destin, c’est mon pays (Heimat). (…) ». Cela étant dit, l’utilisation du mot « Heimat » et les positions actuelles de cet évêque peuvent donner un autre sens à cette phrase (par exemple : « Mon destin c’est de servir Dieu en Allemagne, la RDA est ma « petite patrie. »…

 

II Un regard après le Tournant

Ces quelques extraits d’un article de Frédéric Hartweg intitulé « Une révolution protestante ? Le rôle des Eglises évangéliques en RDA et les perspectives de l'unité. », paru en 1991 dans la revue Matériaux pour l'histoire de notre temps, reprennent les principaux thèmes de la vulgate anticommuniste officielle, mais ils permettent également de douter de la stratégie de double-jeu des Eglises.

Dans cet article l’auteur nous écrit qu’un sondage récent indique que moins d’un quart (22,5 %) de la population de l’ex-RDA manifeste encore son attachement à une Eglise protestante.

Plus loin, on peut lire : « Les Eglises protestantes ont confirmé après l’unification leur attachement à un régime de séparation stricte entre Eglise et Etat qu’elles n’ont cependant pas pu maintenir pleinement après l’unification. »

Dans un chapitre intitulé « Les Eglises et la Révolution de 1989 » l’auteur précise « Tout en accentuant des critiques qui touchaient de plus en plus les fondements mêmes du régime les Eglises n’en misaient pas moins sur un processus de type évolutif à travers la mise en œuvre de réformes significatives dans le cadre du régime. »

Une autre analyse intéressante nous est proposée : « On pourra cependant objecter que les Eglises n’ont pas pleinement saisi la chance qu’offraient les réunions symboliquement entamées dans la salle de la confrérie de Herrnhut de la maison Dietrich Bonhoeffer pour établir plus clairement les responsabilités de tous les méfaits d’un régime au pouvoir depuis 40 ans. C’est sans doute la longue pratique de la négociation avec le pouvoir, associée à une stratégie considérant à mesurer l’adversaire à l’aune de ses propres déclarations et critères et à œuvrer pour un socialisme meilleur que celui réellement existant – c’est-à-dire à visage humain – qui explique cette démarche ».

 

Texte intégral : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/mat_0769-3206_1991_num_23_1_404065#

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24 décembre 2009 4 24 /12 /décembre /2009 13:52

Amis Zorba et Jef accrochez-vous, les autre aussi : certains morceaux vont être durs à avaler !

 

I Lois et pratiques

Jusqu’en 1968

Dans un ouvrage favorable1 au régime socialiste, daté de 1966, on trouve les renseignements suivants : il y a 12 millions de protestants, un million et demi de catholiques et une communauté israélite numériquement insignifiante (sic). Je (Joseph) pense que ce décompte compte les baptisés et non les pratiquants. Je cite de nouveau le livre : « Les rapports de l’Eglise et de l’Etat sont en principes définis par la Constitution [de 1949] qui précise dans ses articles 41 à 48 « tout citoyen jouit d’une totale liberté de religion et de conscience. L’exercice du culte est libre et placé sous la protection de la République. (…) » Plus loin, il est écrit qu’« il n’y a pas d’Eglise d’Etat, mais les communautés religieuses qui s’administrent elles-mêmes sont habilitées à percevoir les cotisations de leurs membres sur la base du rôle des impôts de l’Etat (…) Les Eglises ont le droit de « dispenser l’enseignement religieux dans les locaux scolaires, par des maîtres qu’elles désignent », mais la fréquentation de ces cours d’éducation religieuse est totalement libre. »

Les auteurs précisent « Actuellement, la subvention annuelle est de l’ordre de 10 millions de marks pour [la communauté protestante], de 1 million de marks pour [les communautés catholiques et juives]. Ces sommes qui viennent s’ajouter au produit des cotisations quêtes, denier du culte, etc. sont destinées essentiellement à la rétribution des prêtres, à celle des pasteurs et de leur famille (pension des veuves et des orphelins, etc.) »

Ces informations prises telles quelles ne permettent pas de savoir quelle était la part des subventions publiques dans le budget de ces communautés. Il ne faut pas oublier que, dans cet ouvrage, les auteurs s’efforçant de défendre le régime socialiste, accusé de persécuter ou de brimer les croyants, se croient obligés de mettre l’accent sur les éléments favorables à ceux-ci. Par ailleurs, j’ai volontairement coupé les passages concernant les revenus provenant des propriétés des Eglises et sur les subventions destinées à l’entretien et à la restauration des bâtiments faisant partie du patrimoine national qui, à mes yeux, ne posent pas de problèmes majeurs.

Depuis 1968

Le plan de ce premier chapitre est fondé sur les périodes d’application des Constitutions mais on aurait pu également se baser sur les différentes phases de la politique du SED vis-à-vis du fait religieux. Ce dernier découpage nécessiterait une connaissance intime de l’histoire de la RDA que je ne possède pas…

Dans une publication de 19742 ayant reçu l’imprimatur des autorités est-allemandes, les rapports entre les Eglises et l’Etat sont ainsi présentées : « La liberté de conscience et celle de pratiquer le culte sont garanties par la Constitution [de 1968]. Chaque citoyen a le droit de se réclamer d’une confession religieuse, de pratiquer le culte de son choix ou d’opter pour l’athéisme. Il n’existe pas d’église d’Etat. Il y a une nette séparation entre l’église et l’Etat, entre l’école et l’église. 

Dans une autre publication « officielle »3, datée de 1969, on peut lire : « Malgré la séparation de l’Eglise et de l’Etat, malgré les grandes ressources qui proviennent de leurs terres, des quêtes publiques et des impôts versés par les croyants, le gouvernement alloue des subventions considérables. C’est ainsi que chaque année ont prévoit des subventions pour le traitement des pasteurs, pour leurs retraites, pour les pensions à leurs veuves et orphelins. » On reprend son souffle : «  Les églises évangélique et catholique ainsi que les autres communautés religieuses de la RDA disposent d’un grand nombre d’institutions et établissements confessionnels, ainsi on trouve 76 hôpitaux, 288 maisons de retraite, 61 centres de soins (…) » On apprend aussi que les Eglises disposent d’établissements de formation et de trois maisons d’édition.

Même remarque que précédemment : les auteurs font la promotion de leur pays à l’étranger et, si on s’en tient à ces textes, on ne sait pas ce que représentaient les subventions publiques dans le budget des communautés religieuses.

II Coopération avec les Eglises, risques et avantages

Je suis impressionné par toutes ces facilités accordées aux communautés religieuses.

N’oublions pas toutefois que les communistes, poursuivant le combat contre le nazisme, ont dû s’appuyer sur certains milieux bourgeois, et notamment sur la démocratie chrétienne, à l’époque des réformes antifascistes et démocratiques, et ce avec l’aval et même les encouragements de la puissance occupante soviétique.

Les communistes, toujours sous le regard sourcilleux du « grand frère », ont estimé que le socialisme serait plus solide et fécond s’il prenait en compte les intérêts des différentes couches du peuple ainsi que la diversité des opinions. Cela explique par exemple la persistance d’un secteur privé plus ou moins résiduel –mais intégré dans la planification-, ou sur un autre plan, le maintien du pluripartisme (la CDU étant des membres fondateurs avec le KPD du Bloc démocratique).

ChuteEgliseEst.jpgSi, pour des raisons politiques et pratiques le SED n’avait pas ouvertement combattu la religion ou coupé les cordons de la bourse, rien ne l’empêchait de se livrer à des manœuvres plus discrètes pour réduire l’influence des Eglises. Attardons nous sur un de ces « tours de passe-passe » dans la version rapportée par Gilbert BADIA4. Début 1950, le dirigeant de la CDU de Dresde, Hugo Hickmann, résistant et professeur de théologie, intervient dans le journal de son parti, Neue Zeit, pour s’opposer au rôle dirigeant du SED et à la réduction du secteur privé dans l’économie. Walter Ulbricht lui répond courtoisement dans Neues Deutschland. Malheureusement, quelques jours plus tard, le même Neues Deutschland nous informe que dans plusieurs entreprises des ouvriers, membres du SED et même de la CDU, protestent contre les propos d’Hickmann. Des pétitions et des manifestations prennent le relais, le professeur de théologie démissionne. Plusieurs responsables de la CDU subissent le même sort… C’est surtout dans les années 1950 que l’on assiste à ce genre d’épisodes qui ne peuvent être séparés du contexte de guerre froide et des attaques multiformes subies par la RDA. N’oublions pas qu’à la même époque, « en face », chez les « bons chrétiens » de RFA, les anciens nazis et leurs soutiens peuplent la haute administration (ex. : loi du 11 mai 1951 autorisant la réintégration dans la fonction publique des fonctionnaires du IIIe Reich) et le monde de l’économie (ex. : Flick et Krupp, industriels, bailleurs de fonds du NSDAP sont en liberté dans les années 1950). Rappelons-nous également qu’en RFA les communistes furent chassés de la fonction publique dès 1950 et que le KPD et toutes les organisations jugées proches de ce dernier, comme la FDJ, seront interdites en 1956

Mais là n’est pas l’essentiel. Le SED a surtout mené une guerre idéologique, organisée et tenace pour occuper l’espace dévolu ordinairement aux communautés religieuses.

Ainsi, la très grande majorité des enfants âgés de 7 à 13 ans sont membres des pionniers. Indépendamment de leur origine les pionniers bénéficient des prestations de l’organisation, sont sensibilisés aux problèmes sociaux, rencontrent les travailleurs de l’usine qui parraine l’école (l’organisation des pionniers fonctionne en liaison avec l’Ecole).

Plus tard un grand nombre de jeunes rejoindront la FDJ (qui intervient dans le fonctionnement de l’organisation des pionniers). Celle-ci se transforme rapidement en « vivier » pour le SED (un des dirigeants de la FDJ était un certain Erich Honecker).5

L’instauration de la Jugendweihe comportant un serment de fidélité à la République socialiste, à l’âge ou les jeunes font leur confirmation, n’a pas fait que des heureux chez nos amis de la « calotte ». Rappelons ce qu’en disait Marina Chauliac : « Mise en place et organisée sous la tutelle du SED à partir de 1954, [la Jugendweihe] était considérée comme un outil de propagande et une arme efficace pour contrer l’influence de l’Église sur la population et notamment sur les jeunes. Elle concernait, à partir de la fin des années 1950, plus de 80 % des élèves Est-allemands. Mais, plus qu’une simple obligation vis-à-vis de l’État, elle était devenue très populaire à partir des années 1970 et s’accompagnait de festivités importantes dans la sphère privée. »6

Enfin le SED ou la FGDB n’étaient pas du genre à faire la messe ou à organiser des « Journées de la Jeunesse » avec le Pape du moment !

Pour la bonne bouche, j’ai gardé les cours de marxisme-léninisme…

Il me semble que la plus grande partie de ces structures confessionnelles RencontreHoneckerReverend1987.jpgsoutenaient sincèrement la construction du socialisme pour des raisons diverses (acceptation plus ou moins résignée du cadre politique socialiste, légitimation réciproque de l’Etat et des Eglises, approbation du socialisme venant d’une lecture progressiste des Ecritures, etc.) même si une fraction jouait le double jeu sous l’œil attentif du MfS…

Ne prenons pas les dirigeants de la RDA et les responsables du SED pour des « buses », cette fraction était « sous contrôle ». Nous n’étions pas en Pologne, ce sont les bouleversements internationaux et, en premier lieu, la politique de l’Union soviétique gorbatchévienne qui ont transformé ces cercles oppositionnels plus ou moins folkloriques, bien connus des services de sécurité, en foyers de la contre-révolution.FresqueRenaissanceCommuniste.jpg

 

1.   Un pays méconnu : la République démocratique allemande, Gilbert BADIA et Pierre LEFRANC, 1966, verlag Zeit im bild ;

2.   La RDA se présente, collectif, 1974, verlag Zeit im bild ;

3.   La République démocratique allemande, 300 questions, 300 réponses, 1969, éditions Die Wirtschaft ;

4.   Histoire de l’Allemagne contemporaine, RDA RFA, dir. Gilbert BADIA, 1997, éditions Messidor ;

5.   J’ai fourni quelques éléments sur la FDJ dans mon article http://uneallemagnesocialiste.over-blog.fr/article-une-date-une-image-7-mars-1946-creation-de-la-fdj-39727019.html ;

6.   Revue française de science politique, « La Jugendweihe : continuités et changements d’un rite hérité de la RDA », Presses de Sciences Po, Marina Chauliac, 2003 (repris dans mon article http://uneallemagnesocialiste.over-blog.fr/article-1954-organisation-par-le-regime-de-la-jugendweihe-39239889.html).

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