Bienvenue sur une "ALLEMAGNE SOCIALISTE". Bonjour ! Ce bloc-notes virtuel fait par un Français a pour but de donner une autre image de cette autre Allemagne. Il s'appelle "Une Allemagne socialiste" car il traitera essentiellement de la République démocratique allemande (RDA) mais aussi parce que Joseph espère que ses voisins d'outre-Rhin construiront une Allemagne socialiste... Site personnel : http://legrenierdeclaude.e-monsite.com/ Persönliche Webseite: http://legrenierdeclaude.e-monsite.com/ Sito web personale : http://legrenierdeclaude.e-monsite.com/
Je ne peux pas ignorer la sortie du livre de Maxim Leo, Histoire d'un Allemand de l'Est aux éditions Actes Sud. Certains journalistes, pas forcément bienveillants, l’ont utilisé pour envoyer une fois de plus le régime socialiste en Enfer ! L’un d’entre eux écrit ceci : « (…) le cas le plus frappant est celui du grand-père, Werner, qui passe sans coup férir d'une incontestable sympathie pour le régime nazi à un engagement volontariste dans le "socialisme réel".(…) »...
Maxim Leo.
Je n’ai pas dû lire le même livre que le journaliste. En effet, Maxim Leo se garde bien de « cracher dans la soupe » car il a bénéficié du système socialiste qui lui a donné les moyens de faire son trou dans cette nouvelle Allemagne. Ce parcours singulier rend son anticommunisme subtil et presque sympathique ! J’ai d’ailleurs apprécié ce livre-témoignage qui montre, à ceux qui voudront bien le voir, la réalité contrastée de la RDA. Le rapprochement avec le film La vie des autres , que font certains, est mal venu, au moins sur le plan esthétique. En effet, Maxim Leo, dans son texte, respecte les vraies couleurs de son pays d’origine.
Voici quelques « morceaux choisis » que notre ami du Monde n’a pas dû lire…
La figure du père, Wolf, est souvent mise en arrière plan ou carrément absente dans les critiques : elle a moins gênée la Stasi que les admirateurs du capitalisme réel ! Wolf a eu une jeunesse pour le moins agitée. Lors de son service militaire, il est arrêté en excès de vitesse sans bon de permission (p. 78). Il n’y aura pas de suites judiciaires. Maxim Leo, tout en rappelant la fiabilité plus qu’incertaine des dossiers de la Stasi (p. 186) indique que le MfS le considérait comme « un esprit critique mais pas hostile » (p. 80). Il sera d’ailleurs plusieurs fois approché par les services de sécurité. Cette forte personnalité, avoue qu’il « a eu l’espoir (…) de voir quelques chose bouger [en RDA] » (p. 215). Enfin, après l’absorption de la RDA, on apprend que « Wolf ne pouvait pas jouir de cette nouvelle liberté : elle l’exténuait (…). Les organismes publics qui avaient été ses commanditaires étaient en cours de démantèlement. » (p. 286). Il ne fut pas le seul à (re-)découvrir que la liberté d’expression n’existait pas « en l’air » mais qu’elle reposait sur les droits réels qui avaient disparu avec la RDA… même si ces droits ne garantissaient pas automatiquement ladite liberté.
L’auteur relativise l’aspect « dictatorial » du régime socialiste, notamment lorsqu’il compare son arrestation liée aux activités de Nouveau Forum et le véritable calvaire que les fascistes firent subir à son grand-père Gerhard (p. 131). De la même façon, on peut être surpris par le sort de sa mère, Anne, qui est rejetée par ses camarades de classe parce qu’elle et sa famille soutiennent le régime, « Ses condisciples l’évitent : elle est la « rouge », la fayote (…) » (p. 30). Quelques années plus tard, après la construction du Mur, en 1961, lesdits condisciples n’ont pas l’aire de craindre énormément le « pouvoir totalitaire » : « C’est une sorte de tribunal. Elle sent l’hostilité et la colère des élèves. L’un d’eux crie que la RDA est une prison, une dictature minable dans laquelle les seuls à bien se porter sont les fonctionnaires rouges. Elle se retrouve toute seule devant la meute en colère (…) » (p. 32)
Pour finir, il faut tordre le cou à la légende des « deux grands-pères ». L’un, nazi devenu stalinien, Werner, l’autre communiste devenu dissimulateur, Gerhard. Werner, comme de nombreux Allemands, a eu de la sympathie pour le régime hitlérien. Après la guerre, l’homme a vieilli et a subi « l’envers du fascisme ». Son engagement pour le socialisme n’a pas la même finalité que son soutien au nazisme. Il adhère au Parti et milite activement en son sein sacrifiant même des jours de repos.
Plus généralement, il faut rappeler que si on voulait construire l’Allemagne avec des Allemands, il fallait accepter le passé nazi. Cette « amnistie à la base » eut pour contrepartie une large dénazification notamment dans l’administration. L’Allemagne fédérale, fleuron du « monde libre », n’a pas fait ce travail et les responsables nazis peuplaient la fonction publique et les conseils d’administration des grandes sociétés…
Gerhard Leo.
Maxim Leo a une admiration évidente et bien compréhensible pour Gerhard, résistant antifasciste. L’auteur est en revanche beaucoup plus réservé sur son attitude face au régime socialiste. Mais, selon moi, les silences et les certitudes du héros font partie du combat politique. En face, on ne peut pas dire que les adversaires jouaient « cartes sur table » ! Ce sentiment d’être un combattant n’empêchait pas Gerhard, quand il l’estimait nécessaire, de s’exprimer assez librement. Ainsi en 1956, dans certaines conversations, il fait l’éloge de la Hongrie ! (p 195) Plus tard, en 1967, il juge antisémite un reportage de la télévision est-allemande ! (p. 255)
Il n’y a donc pas d’antagonisme entre les deux grands-pères mais des parcours différents. Le régime socialiste, sans se compromettre, a su unir les Allemands pour construire un monde meilleur !