Bienvenue sur une "ALLEMAGNE SOCIALISTE". Bonjour ! Ce bloc-notes virtuel fait par un Français a pour but de donner une autre image de cette autre Allemagne. Il s'appelle "Une Allemagne socialiste" car il traitera essentiellement de la République démocratique allemande (RDA) mais aussi parce que Joseph espère que ses voisins d'outre-Rhin construiront une Allemagne socialiste... Site personnel : http://legrenierdeclaude.e-monsite.com/ Persönliche Webseite: http://legrenierdeclaude.e-monsite.com/ Sito web personale : http://legrenierdeclaude.e-monsite.com/
J’ai profité de quelques nuits calmes dans mon Poitou pour lire. Ce faisant je n’ai pas perdu mon temps. Dans la montagne de livres, j’ai jeté mon dévolu sur L’honneur perdu de Katharina Blum –Die verlorene Ehre der Katharina Blum oder Wie Gewalt entstehen und wohin sie führen kann– paru en 1974. Sa lecture est, comme on le dit plaisamment, édifiante.
L’auteur de ce roman, Heinrich Böll, reçut le prix Nobel de littérature et son œuvre fut adaptée pour le cinéma. Sur un site destiné aux enseignants, il est écrit « On ne peut donc faire l'impasse sur ce contexte pour le moins pesant dans l'écriture du roman et celle du film : une première piste d'analyse peut prendre tout simplement le film comme témoignage d'un moment de l'histoire allemande - et du cinéma allemand, voire européen. ». L’œuvre, sans être la réalité, est considérée comme un témoignage valide et c’est à ce titre que je vais l’employer.
Le livre a pour cible principale la « presse de caniveau », il permet aussi au lecteur de constater à quel point les autorités de la RFA avait persuadé de nombreux citoyens ouest-allemands de la dangerosité du communisme, voire de son caractère proprement démoniaque !
En RDA, la propagande attaquait, parfois violemment, le camp d’en face, avec une efficacité relative. En revanche, à l’Ouest, la haine du « rouge » était largement partagée. En voici un exemple tiré du livre. « (…) le passé de Mme Woltersheim n’était guère plus vierge que celui de Mme Blorna. Née à Kuir en 1930, Else Woltersheim était fille naturelle d’une ouvrière, laquelle vivait encore. Mais où ? En RDA et ce nullement par contrainte mais au contraire de son plein gré ; à plusieurs reprises en effet, d’abord en 1945, puis en 1952 et enfin en 1961 peu avant l’édification du mur, on lui avait offert de revenir à Kuir, son pays natal où elle possédait une petite maison et un arpent de terre. Mais elle l’avait toujours refusé et chaque fois catégoriquement. ». Etonnant, non ?
En Allemagne de l’Ouest il était facile de devenir communiste, même si on ne l’était pas. Mais laissons l’héroïne principale décrire ce processus. « (…) j’ai pensé à mon père qui passait son temps à rouspéter et à vitupérer contre tout, l’Etat, l’Eglise, les autorités, les fonctionnaires, les officiers et que sais-je encore, mais qui, dès qu’il avait affaire à l’un d’eux, se jetait à plat ventre et c’est tout juste s’il n’en pleurnichait pas d’obséquiosité (…) Et bien entendu j’ai pensé aussi au curé qui à l’école m’appelait toujours “notre petite rouge” ; je ne comprenais pas ce qu’il entendait par là et toute la classe s’esclaffait parce qu’alors je devenais rouge pour de bon. ». Il faut ajouter que son pauvre bougre de père avait eu le malheur d’affirmer dans un bistrot de village que « le socialisme [n’était] certainement pas ce qu’il y [avait] de pire ». Point besoin de Stasi, s’occupant de la « vie des autres » pour être marqué au fer… rouge !
Enfin, la dernière citation me semble liée à ce climat d’anticommunisme violent et permanent. La voici : « Il s’agit en vérité d’un aveu spontané de Konrad Beiters qui en cette occasion a reconnu être un ancien nazi, seule qualité qui lui vaille probablement de n’avoir attitré l’attention de personne. »
Cet anticommunisme, à la fois institutionnel et viscéral ainsi que cette attitude « compréhensive » envers les nazis ont cimenté la RFA qui, depuis la fin des années 1990, est parvenue à asseoir, petit à petit, « l’hégémonie douce » de la nouvelle Grande Allemagne…