Bienvenue sur une "ALLEMAGNE SOCIALISTE". Bonjour ! Ce bloc-notes virtuel fait par un Français a pour but de donner une autre image de cette autre Allemagne. Il s'appelle "Une Allemagne socialiste" car il traitera essentiellement de la République démocratique allemande (RDA) mais aussi parce que Joseph espère que ses voisins d'outre-Rhin construiront une Allemagne socialiste... Site personnel : http://legrenierdeclaude.e-monsite.com/ Persönliche Webseite: http://legrenierdeclaude.e-monsite.com/ Sito web personale : http://legrenierdeclaude.e-monsite.com/
L’article ci-après est intéressant. Cependant, on peut regretter que la journaliste reproche au régime est-allemand le fait que l’égalité des sexes ne se soit pas établie dans les foyers de RDA comme elle l’aurait souhaité.
Femmes en RDA : sois belle, mère, active, et tais-toi
La femme, en République Démocratique d’Allemagne (RDA), est au centre de la société. Une position sociale qui contraste avec celle qu’elle a en Allemagne de l’Ouest. La journaliste Julia Korbik explique ces différences culturelles.
En 1945, elles déblayent Berlin toutes ensemble. Les Berlinoises, au lendemain de la guerre, sont unies au milieu des ruines, qu’elles font disparaître seau par seau, brouette par brouette. Elles ont même hérité d’un surnom : les « Trümmerfrauen » (femmes des ruines). Elles ne se doutent pas qu’à peine trois ans plus tard, elles n’appartiendront pas toutes à la même Allemagne.
La « Mutti-Politik »
La RDA est surtout connue pour la Stasi (Staatssicherheit, Sécurité d’Etat), la répression des dissidents, les écoutes systématiques… C’est pourtant dans cet Etat à la réputation liberticide que les femmes ont obtenu la possibilité juridique d’avoir des enfants tout en travaillant. À la fois mères et femmes actives, elles ont multiplié les rôles.
Julia Korbik est journaliste. Elle vient de publier l’ouvrage sur le féminisme Stand Up! Feminismus für Anfänger und Fortgeschrittene (Stand up ! Le féminisme pour débutants et avancés, Rogner et Bernhard). Elle explique : « En RDA, plus de 90 % des femmes sont devenues mères, un effet de la politique familiale du régime. Les femmes pouvaient décider d’avoir des enfants : les contraceptifs étaient gratuits. Donc la majorité des bébés étaient des enfants désirés. Il était normal d’avoir des enfants et d’avoir un emploi. Il n’y avait pas à faire de choix entre “travailler” ou “être mère”. » L’avortement est même autorisé jusqu’à trois mois de grossesse à partir de 1972. La loi est considérée comme une mesure de « planification familiale ».
La « Mutti-Politik », politique nataliste d’Allemagne de l’Est, se manifeste par l’augmentation des allocations familiales et l’attribution systématique de logements pour les nouveaux parents. Les places en crèches sont plus nombreuses qu’à l’Ouest : en 1990, 57 % des moins de 3 ans sont accueillis dans de telles structures, et 81 % des 3-4 ans sont scolarisés. « Aujourd’hui encore, le taux de natalité est plus élevé dans l’Est de l’Allemagne que dans l’Ouest. En conséquence, le taux d’activité des mères à l’Est est plus élevé que celui des mères à l’Ouest. »
« Sans les femmes, un Etat ne peut pas être fait. »
L’égalité des sexes n’est cependant pas respectée en RDA. « Premièrement, parce qu’une femme était obligée d’avoir des enfants – sinon, elle n’était pas vraiment considérée comme une femme. Deuxièmement, c’était toujours à la femme de concilier le travail et la famille. Elle travaillait à plein temps et, en rentrant à la maison, s’occupait de la famille, du ménage. L’Etat avait besoin d’enfants pour atteindre ses objectifs socialistes, il ne s’agissait pas de faire progresser l’égalité entre les sexes », selon la journaliste.
On a surtout retenu le féminisme ouest-allemand : le Code civil n’est modifié qu’en 1957 pour déclarer l’égalité homme-femme. Dans les faits, la place de la femme est en cuisine. Le féminisme en RFA, avec pour figure de proue Alice Schwarzer, apparaît dans le but de critiquer cette assignation à domicile.
Julia Korbik rappelle : « Une des devises du mouvement était la phrase “Le privé est politique” (Das Private ist politisch) – une critique de la séparation entre vie publique et privée, par laquelle les femmes étaient classées dans le domaine privé en tant que ménagères et mères. »
« L’homme et la femme sont égaux et ils ont la même condition juridique dans tous les domaines de la vie sociale, étatique et personnelle. La promotion de la femme, surtout concernant la qualification professionnelle, est une tâche sociale et étatique. » (Art 20, talon 2 de la Constitution de la RDA)
3K et mères-corbeaux
Une expression est même inventée pour désigner les assignations de la femme à l’Ouest : les 3K, pour « Kinder, Kirche, Küche » (enfants, église, cuisine). Dès lors, le choc culturel à la réunification le 3 octobre 1990 est inévitable. Christian Petzold en rend compte en une phrase dans son film Barbara.
Son héroïne, qui travaille à l’Est, entend son fiancé de l’Ouest lui dire, envisageant son arrivée à l’Ouest : « Tu n’auras plus besoin de travailler, je gagne suffisamment pour nous deux. » Active et indépendante, l’héroïne éponyme du film ne s’imagine pas profiter du salaire de son compagnon.
Aujourd’hui encore, la femme allemande reste à la maison pour s’occuper des enfants, principalement à l’Ouest. « Le fait que les responsables politiques féminines en Allemagne se font plus nombreuses est un signe positif. », commente Julia Korbik. « Mais pour Ursula von der Leyen (ancienne ministre de la Famille aujourd’hui ministre de la Défense, ndlr), qui a sept enfants, par exemple, il reste important de se présenter en tant que bonne mère. En tout cas, la société change, les femmes aujourd’hui sont plus revendicatrices et donc un plus grand nombre de responsables politiques féminines est positif. »
L’attribution des places en crèches reste problématique. Les mères qui ont grandi en Allemagne de l’Est et travaillent tout en ayant des enfants peuvent encore être qualifiées de « Rabenmütter », mères-corbeaux. La mère est encore supposée être dévouée à son enfant. Bien qu’une loi garantisse désormais une place en crèche pour les moins de 3 ans, son efficacité reste discutable selon Julia Korbik.
« La loi est entrée en vigueur en 2008, mais aujourd’hui il n’y a pas encore assez de places en crèches. Un autre problème, c’est la qualité de la garde d’enfants. On a besoin de plus de places, et on a donc aussi besoin de plus de personnel, mais souvent celui-ci n’est pas suffisamment qualifié. » Une nouvelle Mutti-Politik semble s’imposer.
Source de l'article : https://ijsbergmagazine.com/hebdo/article/11322-femmes-en-rda-sois-belle-mere-active-tais-toi/
Source des photos :
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