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16 décembre 2010 4 16 /12 /décembre /2010 12:43

Voici la seconde partie du texte écrit par le camarade Jean Grimal à l’occasion de l'anniversaire de la chute du Mur de Berlin

II/ Causes externes et internes de la défaite du « socialisme réel »

 

« 6. la RDA au cœur du combat idéologique international

Mais, la RDA était située à la frontière même de la bataille idéologique, sur le front, et cela durant toute son existence. Ainsi elle dut fournir un effort financier particulièrement important au moment où le déploiement de missiles Pershing par l’OTAN obligeait le pacte de Varsovie à des efforts militaires (1979). Elle fut en permanence sous le feu des officines idéologiques de la CIA, comme les stations de radio « Radio free-Europe » et « Voice of America » qui abreuvaient de mensonges les citoyens des pays socialistes qui pouvaient les capter.

Ainsi, peu à peu, certains habitants de la RDA se sont fait une idée fausse de ce que pourrait être leur retour dans le "monde libre" ; pensant qu’ils conserveraient leur système social et, en plus, obtiendraient le droit de voyager et de consommer. Cette crédulité ne peut être l’apanage des seuls Est-allemands : la réussite des opérations de matraquage idéologique des impérialistes fait que nombre de citoyens des pays socialistes prenaient pour de la propagande mensongère le fait qu’il existait un nombre important de chômeurs en France du temps de Mitterrand, puisque ce dernier était « socialiste ».

 

La question s’est posée de manière brûlante au moment de l’érection du mur (1961) et, vingt-huit ans plus tard, quand les impérialistes obtinrent la peau de la RDA. Il existe aujourd’hui des millions de gens, en Europe de l’ouest notamment, qui croient sincèrement que le monde est neutre et libre et que chacun peut y avoir l’avis qu’il veut sur une question donnée. Le retour en force de la religion monothéiste, sous toutes ses formes et la quasi-disparition du combat laïque pour en empêcher les ravages en est un exemple typique. Les victimes qui suivent cet obscurantisme n’ont en réalité pas plus le choix que celles qui quittèrent la RDA juste avant l’érection du mur ou qui, par leurs manifestations, contribuèrent à la chute de l’Etat socialiste. Le libre  arbitre n’existe pas dans ce monde où chacun est soumis au battage infernal de l’idéologie dominante, où toutes les aspirations populaires, si légitimes soient-elles, sont déformées et utilisées à l’encontre de ceux qui les expriment. « Les idées dominantes sont celles de la classe dominante », disait Marx, et, en 1989 comme en 1961, la classe dominante sur la planète était la bourgeoisie impérialiste.

La démocratie capitaliste est un leurre et l’affrontement de classe, à l’échelle internationale, est terrible : une lutte au couteau, où tous les coups sont permis. C’est pourquoi l’érection du mur n’était qu’un moyen de défense face à l’intense bataille idéologique des impérialistes.

 

7. Les causes externes de la fin de la RDA

 

Dans ce combat, on le sait, les prolétaires ont perdu une manche avec la disparition des pays socialistes d’Europe de l’est, et notamment de la RDA. Cela, en aucune manière n’indique l’échec du socialisme, mais seulement, qu’à ce moment de l’Histoire, les capitalistes étaient les plus forts. Malgré tout ce que nous savons de son caractère progressiste, l’Etat socialiste allemand est tombé, comme ses frères d’Europe de l’est.

 

Mais il faut rappeler les conditions de la défaite de l’URSS et du monde socialiste. Bien qu’ayant gagné sur le terrain la seconde guerre mondiale, l’Union soviétique était exsangue lorsque sa fin fut sonnée avec ses vingt-sept millions de morts et, son territoire ravagé. Au contraire, les Impérialistes US dont le sol n’avait pas servi pour les combats, étaient dans un état économique florissant. Leurs dirigeants, suivis de leurs valets britanniques, dès lors prêts à conserver la deuxième place dans le monde capitaliste, lancèrent alors la guerre froide. Il faut le savoir, dès le début, les USA s’opposèrent à ce que l’on fasse payer des réparations à l’Allemagne officiellement parce qu’elles auraient mis en danger « la restauration de l’économie européenne après la guerre » qui n’aurait pu se concevoir sans « reconstruction économique » préalable et prioritaire « de l’Allemagne ». Cet argument servit de simple masque aux objectifs américains réels, qui demeuraient antagoniques avec l’octroi de réparations aux vainqueurs militaires en 1945 pour les mêmes raisons qu’en 1919 : empêcher que les rivaux impérialistes (Grande-Bretagne et France) ou socialiste (URSS) ne puissent bénéficier de cet apport financier. Les motifs du veto étaient encore renforcés en 1945 par le fait que le principal vainqueur avait soustrait ses 22,4 millions de km2 à la propriété privée et à la libre circulation des capitaux — ce qui n’était pas le cas des deux rivaux (et gros débiteurs) français et anglais de 1919. Un apport matériel conséquent de « réparations » aurait bénéficié à des nations rivales (en premier lieu à la France en 1919, en premier lieu à l’URSS en 1945 — sans parler de l’Angleterre et des autres) : il aurait amélioré leur position concurrentielle dans le commerce international et, plus largement, dans l’économie mondiale. Il aurait grandement nui au rendement maximal des capitaux que les Américains projetaient d’exporter comme naguère et dans les meilleurs délais dans le Reich, pays européen au capitalisme le plus puissant et le plus concentré.

L’Allemagne était déjà un enjeu essentiel : l’Etat tout subordonné aux impérialistes US, créé autour de Bonn fut le cheval de Troie des USA au sein de la CEE, mais aussi le poste avancé de la lutte idéologique anti-socialiste, sans cacher les appétits de territoires des expansionnistes germaniques qui, jamais, ne dénazifièrent leur pays.

 En plus de cette bagarre idéologique sans précédent, l’URSS et les autres pays socialistes furent entraînés dans la course aux armements, subirent les conséquences des crises économiques du capitalisme, notamment en 1974, car ils ne vivaient pas en autarcie. Tout ceci mit en difficulté l’économie soviétique et le système global du COMECON, en particulier à l’époque de Brejnev. null

    Hans Globke un des "pères" des lois anti-juives nazies,

devenu "par hasard" bras droit du premier chancelier de

l'allemagne capitaliste, Konrad Adenauer.

Une bonne recrue pour les défenseurs de la démocratie !

 

8. Le rôle criminel de Gorbatchev

 

Il faut enfin évoquer les causes internes. En ce qui concerne précisément la RDA, le rôle de Gorbatchev et de ses partisans dans la direction du SED fut énorme, mais aussi l’habitude qu’avaient les vieux militants communistes allemands de faire confiance à l’URSS. La confiance inébranlable des membres de l’appareil d’Etat et du Parti envers l’Union Soviétique fut détournée de ses finalités pour servir à la capitulation. Ainsi, les dirigeants historiques de la RDA acceptèrent sans révolte d’être démis de leurs fonctions et emprisonnés ; tous restèrent communistes jusqu’au bout.

 

Ceux qui les avaient remplacé et parlaient de "tournant" ou de "modernisation de la RDA" (les Modrow, Krenz, Gysi et compagnie), qu’ils fussent sincères ou non, furent balayés par une opération qu’ils avaient servie sans la décider. Comme l’écrivit Erich Honecker dans ses mémoires : « Tandis qu’Hans Modrow, pressenti pour devenir Premier Ministre de la R.D.A. sur les conseils de Gorbatchev, rêvait à une meilleure R.D.A., Gorbatchev lui-même déclarait déjà ouvertement que l’unité de l’Allemagne était l’affaire des Allemands eux- mêmes. » Ainsi, beaucoup de citoyens de la RDA, qui voulaient plus de liberté furent utiliser comme masse de manœuvre pour la réunification de l’Allemagne qui ne pouvait avoir qu’un but impérialiste. Avec la désindustrialisation forcée et le chômage, ils tombèrent de Charybde en Sylla.

 

L’argumentation des rénovateurs de tous poils, en RDA comme ailleurs, est bien connue : faire comme s’il n’y avait pas eu de démocratie dans le Socialisme ou affirmer que la démocratie bourgeoise serait supérieure à la démocratie socialiste ne correspond pas à la réalité. Chacun, dans l’ancienne RDA, a pourtant pu se rendre compte des réalités si dures de la société capitaliste.

Non, il n’existe pas de démocratie "au-dessus des classes". Pas de véritable démocratie là où les hommes qui créent la valeur ne possèdent pas les principaux moyens de production. Là où elle fonctionne, la démocratie bourgeoise ne consiste qu’en ces espaces de liberté que les travailleurs ont pu arracher au capital par leurs luttes. Le peuple est bâillonné là où le capital détient le pouvoir. Structures et mécanismes démocratiques n’y changent rien. Leur fonction s’arrête là où le profit et les intérêts de classe sont en cause. Le peuple détient au contraire la parole sous le Socialisme. Sa volonté n’y est soumise à aucune contrainte extérieure. Il est propriétaire des moyens de production. Il s’est débarrassé de rapports d’exploitation qui, ailleurs semblent éternels comme s’ils résultaient de lois naturelles.

 

Dans cette entreprise de prise de distance radicale avec l’histoire du Socialisme, qui se déroula au travers des médias mais aussi par la diffusion de livres, au cours de représentations théâtrales, Gorbatchev, nous l’avons dit, joua un rôle essentiel. Vingt ans après son crime, le voici qui se pavane dans une interview au Figaro, au cours de laquelle il se vante d’avoir évité une guerre mondiale : le premier dirigeant soviétique qui n’a rien fait pour empêcher les USA et leurs alliés d’envahir l’Irak en 1991 serait un apôtre de la paix. Il a d’ailleurs été reconnu ainsi par les vieilles badernes au service de l’idéologie dominante du jury du prix Nobel de la paix : il s’est retrouvé en joyeuse compagnie avec les Kissinger, De Klerk, Begin et Obama, le président de l’impérialisme le plus puissant du monde. Mais, surtout, à aucun moment, Gorbatchev le repu, actionnaire principal de deux sociétés florissantes, ne parle jamais du socialisme, mais il évoque l’Europe, l’unification allemande, à laquelle il est fier d’avoir participé, même s’il nie sans grande conviction l’avoir organisée. Pas un mot pour dénoncer le chômage et la mal  vie, mais au contraire, notre renégat se réjouit que, selon lui, la majorité des Russes soit d’accord avec l’économie de marché.

 

Les paroles d’un tel personnage ne font qu’apporter de l’eau au moulin de ceux qui pensent que la RDA fut victime d’attaques tous azimuts de la part de l’impérialisme et qu’elle tomba non parce que le socialisme y était erroné ou criminel mais parce que les grands capitaliste ne toléraient pas l’existence d’un pays moderne dans lequel les moyens de production étaient aux mains des travailleurs. A preuve l’acharnement à effacer les traces de l’existence d’un Etat socialiste allemand, en niant toutes ses juridictions, en détruisant ou vendant à l’encan ses réalisations industrielles les plus modernes à faire passer pour des criminels les dirigeants de la RDA. A cet égard, la destruction du mur est un symbole heureux pour les tenants de l’impérialisme, comme l’emprisonnement d’Erich Honecker dans la prison de Moabit, en 1990, dans cette même prison qu’il avait connue en 1933 sous le nazisme…

 null Erich Honecker, fidèle à ses convictions communistes,

fait face à la "justice" des revanchards.

 

Nous laisserons pour terminer la parole à ce militant communiste : voici un extrait de ce qu’il a pu écrire lors de sa seconde détention à Moabit. Il s’agit d’un extrait d’un écrit publié à Berlin en 1994, après la mort d’Erich Honecker, sous le titre "Notes de Moabit".

« Depuis que le capitalisme existe, les communistes appartiennent au camp des persécutés de cette terre mais pas au camp de ceux qui n’ont pas d’avenir. Ce que nous avons réalisé pour faire vivre le socialisme sur le sol allemand n’a pas été fait en vain. Nous avons travaillé avec les partis chrétiens démocrates et libéraux de l’Est dont divers responsables se sont précipités rapidement vers les nouveaux maroquins gouvernementaux après 1989. Nous avons agi pendant quarante ans dans de difficiles conditions. Ce qui fut réalisé jouera un rôle dans l’avenir. Je pense aux rapports de production socialistes qui offraient à tous un travail, une sécurité sociale digne de ce nom, des logements aux loyers abordables, qu’ils soient ou non en béton, des crèches, des écoles maternelles, des clubs de jeunes et une vie culturelle et spirituelle de haut niveau.

Il existera une société qui offrira des perspectives valorisant l’existence de tous : ouvriers et paysans, scientifiques, techniciens, enseignants, artistes, femmes, jeunes et vieux. Le capitalisme est arrivé à ses limites. On le qualifie d’"économie de marché" parce qu’on a honte de sa vraie nature. Sa disparition demeure certaine malgré les défaites que nous avons subis et les erreurs et les insuffisances dont nous aurions pu nous passer... malgré aussi toutes les trahisons d’individus dont la duplicité a dépassé toutes les bornes.

Le monde est devenu complètement chaotique et désorienté depuis que le socialisme a disparu du sol européen. S’autoproclamant les gendarmes du monde, les Etats-Unis agissent à leur guise et imposent, çà et là, le "nouvel ordre mondial" à coup de bombes et de missiles. Bien que de nombreux "théoriciens" aient surgi du néant pour se réclamer d’un marxisme rénové, bien qu’ils se soient efforcés de dérober le cœur même de la théorie marxiste ou de la réfuter entièrement, les faits restent têtus. Il y a des lois objectives qui décident de l’évolution des sociétés humaines. Le capitalisme présente une contradiction fondamentale : celle qui oppose le caractère social du travail et le caractère privé de l’appropriation. Cette contradiction demeure malgré la capacité du système capitaliste à changer notablement d’apparence au cours de son développement.

C’est seulement lorsque cette contradiction sera dépassée, lorsque ce ne sera plus le profit qui dirigera le monde, que les conditions d’une vie véritablement humaine seront créées pour chaque individu. On parle beaucoup de réalisation de soi-même. Cela ne peut évidemment pas consister dans la perspective d’une situation où, du fait, de l’utilisation croissante et des progrès constants des technologies de pointe, seuls 10% à 20% de la population auraient encore un travail. Une société nouvelle devra trouver à chacun une place. En tenant compte de toutes ces évolutions technologiques, mais en tenant compte aussi d’autres contraintes. Cela signifie en premier lieu un travail pour chacun. Le capitalisme en est incapable, c’est plus évident aujourd’hui que jamais. La course au profit, elle-même fixe désormais des limites au système capitaliste. Il existe donc des raisons sociales profondes et déterminantes pour que s’ouvre le chemin d’une société alternative. Celle-ci sera de nature socialiste, quelles que soient les spécificités de sa structure et les modalités de son organisation concrète.

C’est pourquoi, d’un point de vue historique, mon jugement n’est pas aussi pessimiste que celui, compréhensible, de la plupart de ceux qui furent surpris par le "tournant" de 1989. La question sociale restera dans l’avenir au centre des controverses publiques dans tous les pays capitalistes. Certains ont consacré leurs forces à la réalisation de ce fameux "tournant" contre-révolutionnaire. Ils croient encore aujourd’hui ou pour le moins affirment qu’ils voulaient ainsi améliorer le socialisme, qu’ils agissaient pour que les choses aillent mieux en RDA. Ils doivent aujourd’hui faire face à d’amères réalités. Tous, nous voulions un socialisme qui soit encore meilleur. Ce qui avait été atteint ne nous a jamais suffit. Tous ces petits "réformateurs" n’ont cependant réussi qu’à livrer le socialisme à ses ennemis parce qu’ils ont écouté le grand "réformateur" : en 6 ans, celui-ci a réussi à désarmer le P-C-U-S-, dont il était Secrétaire Général et à mener l’U.R.S.S. à l’anéantissement. » »

 

Fin

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Published by Joseph - dans politique
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Robert 04/07/2011 21:27


Bonsoir Joseph,
En 1965, Honecker déclare : " Notre RDA est un état propre, la morale,l'éthique, la correction et le droit des travailleurs y sont fixés selon les critères innamovibles du socialisme
démocratique."
Il ne faut pas oublier que la RDA était classé au 9éme rang des puissances mondiales pour une population de 18 Millions d'habitants. la collectivisationn des terres,la création de gigantesques
combinats industriels, le fonctionnement même d'un parti communiste dirigeant furent sans égal dans le camp socialiste.
le système d'enseignement et plus particulièrement dans le domaine de l'orientation professionnelle reste un modèle, certes, non-conforme au point de vue de l'OCDE et autre FMI mais dont l'étude
serait profitable au système capitaliste.
la RDA ce fut des réalisations extraordinaires dans le domaine culturel, pas une seule ville sans théâtres, bibliothèques, etc...Une sécurité et une protection sociale unique avec une médecine et
un accès aux soins entièrement gratuits.
A mon sens l'expérience de la RDA a apporté la preuve qu'il est possible de mener des politiques rompant avec les lois de l'économie de marché et mettant en avant les besoins humains et sociaux au
premier plan.
lA RDA incarne l'espoir avorté d'une autre Allemagne, d'un autre regard et d'un autre destin...Je pense que tôt ou tard l'histoire rendra justice à la RDA.


Joseph 06/07/2011 16:32



« Je pense que tôt ou tard l'histoire rendra justice à la RDA »


 


Même je suis moins enthousiaste que Robert, je partage entièrement sa conclusion.



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