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2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 13:07

C’est avec un plaisir éhonté que j’ai procédé à une lecture partiale du chapitre « Berlin, la persistance de l’oubli » extrait de Berlin : l’effacement des traces, ouvrage édité par la BDIC et les éditions FAGE.                 

Je pense que mes lecteurs trouveront leur miel dans cette publication éditée à l’occasion de l’exposition éponyme qui s’est tenue au Musée d’histoire contemporaine-BDIC à Paris du 21 octobre au 31 décembre 2009.

 

Régine ROBIN nous rappelle, entre autres choses, que le freinage de la dénazification opéré par Adenauer alors chancelier de l’Allemagne de l’Ouest, au nom de la réconciliation nationale, entraîna un renouveau du fascisme (p. 27).

Durant la Coupe du monde de football de 2006 il était de bon ton de saluer le « nationalisme bon enfant » des Allemands. Ces louanges ont sûrement masqué la destruction du Palais de la République et la remise à neuf du stade nazi des Jeux olympiques de 1936… (p. 28)

Un peu plus loin, Régine ROBIN, explique qu’en l’espèce nous avons à faire à un oubli organisé.

 

Je remarque que nos amis « antitotalitaires » débaptisent 71 rues à Berlin-Est rivalisant dans ce domaine avec les nazis qui avaient « nettoyé » 121 voies pour l’ensemble de Berlin. Si besoin est, on passe outre le refus de certains maires d’arrondissement et l’opposition des habitants concernés. Ces derniers sont trop imprégnés de communisme pour comprendre les bienfaits de cette campagne de « purification » idéologique… Liebknecht et Luxemburg échappèrent cette fois au massacre, les rues qui portaient leur nom ne furent pas débaptisées.  

Les statues qui ont eu la malchance de dater de la défunte République ont également subi maints outrages : abandon, vandalisme, détournement, destruction, démontage, etc.

L’auteur explique avec malice que l’amiante trouvé dans le Palais de la République fut une « découverte providentielle » (p. 37) pour les bourgeois adeptes de la table rase.

Elle décrit aussi le processus de muséification de la RDA. Elle pointe le fait qu’aucun artiste de l’Est n’était représenté à l’exposition « 60 ans, 60 œuvres » tenue à l’occasion du 60e anniversaire de la RFA. Il me semble de rappeler que ladite Allemagne fédérale prétendait représenter tous les Allemands, ceux de l’Ouest comme ceux de l’Est.

Ces attaques brutales contre la mémoire collective des citoyens de l’Est n’est pas pour rien dans l’apparition du phénomène ostalgique.

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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 13:48

Monument à la mémoire de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, co-fondadeurs du Parti communiste allemand, enterrés au cimetière  de Friedrichsfelde (Berlín) en 1919. 

Il a été conçu par l’architecte Ludwig Mies Van Der Rohe. Construit en 1926, il est démoli par les nazis en 1935. En 1951, il est remplacé par le Mémorial des socialistes édifié à l’initiative des Allemands de la RDA.

 

Cet article m’a été inspiré par la lecture du blog « comprendre avec Rosa Luxemburg ».

Source : http://memopolis.tumblr.com/post/7782344427/monumento-a-karl-liebknecht-y-rosa-luxemburg-co

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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 12:30

Je ne peux pas ignorer la sortie du livre de Maxim Leo, Histoire d'un Allemand de l'Est aux éditions Actes Sud. Certains journalistes, pas forcément bienveillants, l’ont utilisé pour envoyer une fois de plus le régime socialiste en Enfer ! L’un d’entre eux écrit ceci : « (…) le cas le plus frappant est celui du grand-père, Werner, qui passe sans coup férir d'une incontestable sympathie pour le régime nazi à un engagement volontariste dans le "socialisme réel".(…) »...

Maxim Leo.

Je n’ai pas dû lire le même livre que le journaliste. En effet, Maxim Leo se garde bien de « cracher dans la soupe » car il a bénéficié du système socialiste qui lui a donné les moyens de faire son trou dans cette nouvelle Allemagne. Ce parcours singulier rend son anticommunisme subtil et presque sympathique ! J’ai d’ailleurs apprécié ce livre-témoignage qui montre, à ceux qui voudront bien le voir, la réalité contrastée de la RDA. Le rapprochement avec le film La vie des autres , que font certains, est mal venu, au moins sur le plan esthétique. En effet, Maxim Leo, dans son texte, respecte les vraies couleurs de son pays d’origine.

 

Voici quelques « morceaux choisis » que notre ami du Monde n’a pas dû lire…

La figure du père, Wolf, est souvent mise en arrière plan ou carrément absente dans les critiques : elle a moins gênée la Stasi que les admirateurs du capitalisme réel ! Wolf a eu une jeunesse pour le moins agitée. Lors de son service militaire, il est arrêté en excès de vitesse sans bon de permission (p. 78). Il n’y aura pas de suites judiciaires. Maxim Leo, tout en rappelant la fiabilité plus qu’incertaine des dossiers de la Stasi (p. 186) indique que le MfS le considérait comme « un esprit critique mais pas hostile » (p. 80). Il sera d’ailleurs plusieurs fois approché par les services de sécurité. Cette forte personnalité, avoue qu’il « a eu l’espoir (…) de voir quelques chose bouger [en RDA] » (p. 215). Enfin, après l’absorption de la RDA, on apprend que « Wolf ne pouvait pas jouir de cette nouvelle liberté : elle l’exténuait (…). Les organismes publics qui avaient été ses commanditaires étaient en cours de démantèlement. » (p. 286). Il ne fut pas le seul à (re-)découvrir que la liberté d’expression n’existait pas « en l’air » mais qu’elle reposait sur les droits réels qui avaient disparu avec la RDA… même si ces droits ne garantissaient pas automatiquement ladite liberté.

 

L’auteur relativise l’aspect « dictatorial » du régime socialiste, notamment lorsqu’il compare son arrestation liée aux activités de Nouveau Forum et le véritable calvaire que les fascistes firent subir à son grand-père Gerhard (p. 131). De la même façon, on peut être surpris par le sort de sa mère, Anne, qui est rejetée par ses camarades de classe parce qu’elle et sa famille soutiennent le régime, « Ses condisciples l’évitent : elle est la « rouge », la fayote (…) » (p. 30). Quelques années plus tard, après la construction du Mur, en 1961, lesdits condisciples n’ont pas l’aire de craindre énormément le « pouvoir totalitaire » : « C’est une sorte de tribunal. Elle sent l’hostilité et la colère des élèves. L’un d’eux crie que la RDA est une prison, une dictature minable dans laquelle les seuls à bien se porter sont les fonctionnaires rouges. Elle se retrouve toute seule devant la meute en colère (…) » (p. 32)

 

Pour finir, il faut tordre le cou à la légende des « deux grands-pères ». L’un, nazi devenu stalinien, Werner, l’autre communiste devenu dissimulateur, Gerhard. Werner, comme de nombreux Allemands, a eu de la sympathie pour le régime hitlérien. Après la guerre, l’homme a vieilli et a subi « l’envers du fascisme ». Son engagement pour le socialisme n’a pas la même finalité que son soutien au nazisme. Il adhère au Parti et milite activement en son sein sacrifiant même des jours de repos.

Plus généralement, il faut rappeler que si on voulait construire l’Allemagne avec des Allemands, il fallait accepter le passé nazi. Cette « amnistie à la base » eut pour contrepartie une large dénazification notamment dans l’administration. L’Allemagne fédérale, fleuron du « monde libre », n’a pas fait ce travail et les responsables nazis peuplaient la fonction publique et les conseils d’administration des grandes sociétés…

Gerhard Leo.

Maxim Leo a une admiration évidente et bien compréhensible pour Gerhard, résistant antifasciste. L’auteur est en revanche beaucoup plus réservé sur son attitude face au régime socialiste. Mais, selon moi, les silences et les certitudes du héros font partie du combat politique. En face, on ne peut pas dire que les adversaires jouaient « cartes sur table » ! Ce sentiment d’être un combattant n’empêchait pas Gerhard, quand il l’estimait nécessaire, de s’exprimer assez librement. Ainsi en 1956, dans certaines conversations, il fait l’éloge de la Hongrie ! (p 195) Plus tard, en 1967, il juge antisémite un reportage de la télévision est-allemande ! (p. 255)

Il n’y a donc pas d’antagonisme entre les deux grands-pères mais des parcours différents. Le régime socialiste, sans se compromettre, a su unir les Allemands pour construire un monde meilleur !

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 13:00

Certains, pas toujours bien intentionnés, sont dubitatifs quand on leur présente la RDA comme une Allemagne pacifique. Pourtant, l’Etat socialiste s’inscrit dans un courant pacifiste existant chez nos voisins d’outre-Rhin. Malheureusement, son existence, sujette à des variations importantes, n’a jamais pesé bien lourd face à l’impérialisme. La déclaration de Liebknecht devant ses « collègues » du Reichstag et un haut fait de cette mouvance. Il est alors le seul à prendre cette position !

D’ailleurs, Cette déclaration fut rejetée par le groupe, et son inscription dans le sténogramme des débats, refusée. Le texte fut donc distribué clandestinement, sous forme de tract.1

 

Déclaration de Karl Liebknecht au Reichstag: « Je refuse les crédits militaires demandés »

Je motive ainsi qu'il suit mon vote sur le projet qui nous est soumis aujourd'hui.

Cette guerre, qu'aucun des peuples intéressés n'a voulue, n'a pas éclaté en vue du bien-être du peuple allemand ou de tout autre peuple. Il s'agit d'une guerre impérialiste, d'une guerre pour la domination capitaliste du marché mondial et pour la domination politique de contrées importantes où pourrait s'installer le capital industriel et bancaire. Au point de vue de la surenchère des armements, c'est une guerre préventive provoquée solidairement par le parti de guerre allemand et autrichien dans l'obscurité du demi-absolutisme et de la diplomatie secrète.

C'est aussi une entreprise de caractère bonapartiste tendant à démoraliser, à détruire le mouvement ouvrier grandissant. C'est ce qu'ont démontré, avec une clarté sans cesse accrue et malgré une cynique mise en scène destinée à égarer les esprits, les événements des derniers mois.

Le mot d'ordre allemand : " Contre le tsarisme " tout comme le mot d'ordre anglais et français : " Contre le militarisme ", a servi de moyen pour mettre en mouvement les instincts les plus nobles, les traditions et les espérances révolutionnaires du peuple au profit de la haine contre les peuples. Complice du tsarisme, l'Allemagne, jusqu'à présent pays modèle de la réaction politique, n'a aucune qualité pour jouer le rôle de libératrice des peuples.

La libération du peuple russe comme du peuple allemand doit être l'oeuvre de ces peuples eux-mêmes.

Cette guerre n'est pas une guerre défensive pour l'Allemagne. Son caractère historique et la succession des événements nous interdisent de nous fier à un gouvernement capitaliste quand il déclare que c'est pour la défense de la Patrie qu'il demande les crédits.

Une paix rapide et qui n'humilie personne, une paix sans conquêtes, voilà ce qu'il faut exiger. Tous les efforts dirigés dans ce sens doivent être bien accueillis. Seule, l'affirmation continue et simultanée de cette volonté, dans tous les pays belligérants, pourra arrêter le sanglant massacre avant l'épuisement complet de tous les peuples intéressés.

Seule, une paix basée sur la solidarité internationale de la classe ouvrière et sur la liberté de tous les peuples peut être une paix durable. C'est dans ce sens que les prolétariats de tous les pays doivent fournir, même au cours de cette guerre, un effort socialiste pour la paix.

Je consens aux crédits en tant qu'ils sont demandés pour les travaux capables de pallier à la misère existante, bien que je les trouve notoirement insuffisants.

J'approuve également tout ce qui est fait en faveur du sort si rude de nos frères sur les champs de bataille, en faveur des blessés et des malades pour lesquels j'éprouve la plus ardente compassion. Dans ce domaine encore, rien de ce que l'on pourra demander ne sera de trop à mes yeux.

Mais ma protestation va a la guerre, à ceux qui en sont responsables, à ceux qui la dirigent ; elle va à la politique capitaliste qui lui donna naissance ; elle est dirigée contre les fins capitalistes qu'elle poursuit, contre les plans d'annexion, contre la violation de la neutralité de la Belgique et du Luxembourg, contre la dictature militaire, contre l'oubli complet des devoirs sociaux et politiques dont se rendent coupables, aujourd'hui encore, le gouvernement et les classes dominantes.

Et c'est pourquoi je repousse les crédits militaires demandés. »2

  http://einestages.spiegel.

Pour mes compatriotes sourcilleux, je précise que l’ami Karl et ses camarades ne confondaient pas le chauvinisme -et le militarisme- et le patriotisme ; il avait conscience de la nécessité pour les nations et leur prolétariat de se respecter :

« Bebel et Liebknecht, sans jamais se lasser ni se laisser abattre, menèrent cette campagne contre Bismarck. La guerre franco-prussienne donna à leur opposition un caractère qui intéresse spécialement les Français. Bebel et Liebknecht refusèrent de voter les crédits que Bismarck demandait au Reichstag pour commencer les hostilités. Quand, Napoléon noyé dans la boue de Sedan, la République fut proclamée, ils protestèrent contre la continuation de la guerre, entreprise contre le gouvernement impérial et non contre le nouveau gouvernement républicain. Les chefs du parti socialiste furent arrêtés et emprisonnés préventivement pendant des mois, sous l'inculpation de crime de haute trahison. Sortis de prison, ils protestèrent contre l'annexion de l'Alsace-Lorraine, que Marx dénonçait comme un crime et une faute politique, qui serait une cause de discorde entre la France et l'Allemagne, les deux nations qui devaient rester unies pour la paix de l'Europe et l'émancipation du Prolétariat. »3

 

 

1.      http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=224.

2.      Texte extrait des annexes de l'ouvrage Le mouvement ouvrier pendant la première guerre mondiale d'Alfred Rosmer (publié à l’adresse suivante : http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-declaration-de-karl-liebknecht-au-reichstag-je-refuse-les-credits-militaires-demandes-61119825.html).

3.      Passage extrait de l’avant-propos de Paul Lafargue pour l’édition française de La femme et le socialisme d’August  Bebel (publié à l’adresse suivante : http://www.marxists.org/francais/bebel/bebel_fs1.htm).

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16 décembre 2010 4 16 /12 /décembre /2010 12:43

Voici la seconde partie du texte écrit par le camarade Jean Grimal à l’occasion de l'anniversaire de la chute du Mur de Berlin

II/ Causes externes et internes de la défaite du « socialisme réel »

 

« 6. la RDA au cœur du combat idéologique international

Mais, la RDA était située à la frontière même de la bataille idéologique, sur le front, et cela durant toute son existence. Ainsi elle dut fournir un effort financier particulièrement important au moment où le déploiement de missiles Pershing par l’OTAN obligeait le pacte de Varsovie à des efforts militaires (1979). Elle fut en permanence sous le feu des officines idéologiques de la CIA, comme les stations de radio « Radio free-Europe » et « Voice of America » qui abreuvaient de mensonges les citoyens des pays socialistes qui pouvaient les capter.

Ainsi, peu à peu, certains habitants de la RDA se sont fait une idée fausse de ce que pourrait être leur retour dans le "monde libre" ; pensant qu’ils conserveraient leur système social et, en plus, obtiendraient le droit de voyager et de consommer. Cette crédulité ne peut être l’apanage des seuls Est-allemands : la réussite des opérations de matraquage idéologique des impérialistes fait que nombre de citoyens des pays socialistes prenaient pour de la propagande mensongère le fait qu’il existait un nombre important de chômeurs en France du temps de Mitterrand, puisque ce dernier était « socialiste ».

 

La question s’est posée de manière brûlante au moment de l’érection du mur (1961) et, vingt-huit ans plus tard, quand les impérialistes obtinrent la peau de la RDA. Il existe aujourd’hui des millions de gens, en Europe de l’ouest notamment, qui croient sincèrement que le monde est neutre et libre et que chacun peut y avoir l’avis qu’il veut sur une question donnée. Le retour en force de la religion monothéiste, sous toutes ses formes et la quasi-disparition du combat laïque pour en empêcher les ravages en est un exemple typique. Les victimes qui suivent cet obscurantisme n’ont en réalité pas plus le choix que celles qui quittèrent la RDA juste avant l’érection du mur ou qui, par leurs manifestations, contribuèrent à la chute de l’Etat socialiste. Le libre  arbitre n’existe pas dans ce monde où chacun est soumis au battage infernal de l’idéologie dominante, où toutes les aspirations populaires, si légitimes soient-elles, sont déformées et utilisées à l’encontre de ceux qui les expriment. « Les idées dominantes sont celles de la classe dominante », disait Marx, et, en 1989 comme en 1961, la classe dominante sur la planète était la bourgeoisie impérialiste.

La démocratie capitaliste est un leurre et l’affrontement de classe, à l’échelle internationale, est terrible : une lutte au couteau, où tous les coups sont permis. C’est pourquoi l’érection du mur n’était qu’un moyen de défense face à l’intense bataille idéologique des impérialistes.

 

7. Les causes externes de la fin de la RDA

 

Dans ce combat, on le sait, les prolétaires ont perdu une manche avec la disparition des pays socialistes d’Europe de l’est, et notamment de la RDA. Cela, en aucune manière n’indique l’échec du socialisme, mais seulement, qu’à ce moment de l’Histoire, les capitalistes étaient les plus forts. Malgré tout ce que nous savons de son caractère progressiste, l’Etat socialiste allemand est tombé, comme ses frères d’Europe de l’est.

 

Mais il faut rappeler les conditions de la défaite de l’URSS et du monde socialiste. Bien qu’ayant gagné sur le terrain la seconde guerre mondiale, l’Union soviétique était exsangue lorsque sa fin fut sonnée avec ses vingt-sept millions de morts et, son territoire ravagé. Au contraire, les Impérialistes US dont le sol n’avait pas servi pour les combats, étaient dans un état économique florissant. Leurs dirigeants, suivis de leurs valets britanniques, dès lors prêts à conserver la deuxième place dans le monde capitaliste, lancèrent alors la guerre froide. Il faut le savoir, dès le début, les USA s’opposèrent à ce que l’on fasse payer des réparations à l’Allemagne officiellement parce qu’elles auraient mis en danger « la restauration de l’économie européenne après la guerre » qui n’aurait pu se concevoir sans « reconstruction économique » préalable et prioritaire « de l’Allemagne ». Cet argument servit de simple masque aux objectifs américains réels, qui demeuraient antagoniques avec l’octroi de réparations aux vainqueurs militaires en 1945 pour les mêmes raisons qu’en 1919 : empêcher que les rivaux impérialistes (Grande-Bretagne et France) ou socialiste (URSS) ne puissent bénéficier de cet apport financier. Les motifs du veto étaient encore renforcés en 1945 par le fait que le principal vainqueur avait soustrait ses 22,4 millions de km2 à la propriété privée et à la libre circulation des capitaux — ce qui n’était pas le cas des deux rivaux (et gros débiteurs) français et anglais de 1919. Un apport matériel conséquent de « réparations » aurait bénéficié à des nations rivales (en premier lieu à la France en 1919, en premier lieu à l’URSS en 1945 — sans parler de l’Angleterre et des autres) : il aurait amélioré leur position concurrentielle dans le commerce international et, plus largement, dans l’économie mondiale. Il aurait grandement nui au rendement maximal des capitaux que les Américains projetaient d’exporter comme naguère et dans les meilleurs délais dans le Reich, pays européen au capitalisme le plus puissant et le plus concentré.

L’Allemagne était déjà un enjeu essentiel : l’Etat tout subordonné aux impérialistes US, créé autour de Bonn fut le cheval de Troie des USA au sein de la CEE, mais aussi le poste avancé de la lutte idéologique anti-socialiste, sans cacher les appétits de territoires des expansionnistes germaniques qui, jamais, ne dénazifièrent leur pays.

 En plus de cette bagarre idéologique sans précédent, l’URSS et les autres pays socialistes furent entraînés dans la course aux armements, subirent les conséquences des crises économiques du capitalisme, notamment en 1974, car ils ne vivaient pas en autarcie. Tout ceci mit en difficulté l’économie soviétique et le système global du COMECON, en particulier à l’époque de Brejnev. null

    Hans Globke un des "pères" des lois anti-juives nazies,

devenu "par hasard" bras droit du premier chancelier de

l'allemagne capitaliste, Konrad Adenauer.

Une bonne recrue pour les défenseurs de la démocratie !

 

8. Le rôle criminel de Gorbatchev

 

Il faut enfin évoquer les causes internes. En ce qui concerne précisément la RDA, le rôle de Gorbatchev et de ses partisans dans la direction du SED fut énorme, mais aussi l’habitude qu’avaient les vieux militants communistes allemands de faire confiance à l’URSS. La confiance inébranlable des membres de l’appareil d’Etat et du Parti envers l’Union Soviétique fut détournée de ses finalités pour servir à la capitulation. Ainsi, les dirigeants historiques de la RDA acceptèrent sans révolte d’être démis de leurs fonctions et emprisonnés ; tous restèrent communistes jusqu’au bout.

 

Ceux qui les avaient remplacé et parlaient de "tournant" ou de "modernisation de la RDA" (les Modrow, Krenz, Gysi et compagnie), qu’ils fussent sincères ou non, furent balayés par une opération qu’ils avaient servie sans la décider. Comme l’écrivit Erich Honecker dans ses mémoires : « Tandis qu’Hans Modrow, pressenti pour devenir Premier Ministre de la R.D.A. sur les conseils de Gorbatchev, rêvait à une meilleure R.D.A., Gorbatchev lui-même déclarait déjà ouvertement que l’unité de l’Allemagne était l’affaire des Allemands eux- mêmes. » Ainsi, beaucoup de citoyens de la RDA, qui voulaient plus de liberté furent utiliser comme masse de manœuvre pour la réunification de l’Allemagne qui ne pouvait avoir qu’un but impérialiste. Avec la désindustrialisation forcée et le chômage, ils tombèrent de Charybde en Sylla.

 

L’argumentation des rénovateurs de tous poils, en RDA comme ailleurs, est bien connue : faire comme s’il n’y avait pas eu de démocratie dans le Socialisme ou affirmer que la démocratie bourgeoise serait supérieure à la démocratie socialiste ne correspond pas à la réalité. Chacun, dans l’ancienne RDA, a pourtant pu se rendre compte des réalités si dures de la société capitaliste.

Non, il n’existe pas de démocratie "au-dessus des classes". Pas de véritable démocratie là où les hommes qui créent la valeur ne possèdent pas les principaux moyens de production. Là où elle fonctionne, la démocratie bourgeoise ne consiste qu’en ces espaces de liberté que les travailleurs ont pu arracher au capital par leurs luttes. Le peuple est bâillonné là où le capital détient le pouvoir. Structures et mécanismes démocratiques n’y changent rien. Leur fonction s’arrête là où le profit et les intérêts de classe sont en cause. Le peuple détient au contraire la parole sous le Socialisme. Sa volonté n’y est soumise à aucune contrainte extérieure. Il est propriétaire des moyens de production. Il s’est débarrassé de rapports d’exploitation qui, ailleurs semblent éternels comme s’ils résultaient de lois naturelles.

 

Dans cette entreprise de prise de distance radicale avec l’histoire du Socialisme, qui se déroula au travers des médias mais aussi par la diffusion de livres, au cours de représentations théâtrales, Gorbatchev, nous l’avons dit, joua un rôle essentiel. Vingt ans après son crime, le voici qui se pavane dans une interview au Figaro, au cours de laquelle il se vante d’avoir évité une guerre mondiale : le premier dirigeant soviétique qui n’a rien fait pour empêcher les USA et leurs alliés d’envahir l’Irak en 1991 serait un apôtre de la paix. Il a d’ailleurs été reconnu ainsi par les vieilles badernes au service de l’idéologie dominante du jury du prix Nobel de la paix : il s’est retrouvé en joyeuse compagnie avec les Kissinger, De Klerk, Begin et Obama, le président de l’impérialisme le plus puissant du monde. Mais, surtout, à aucun moment, Gorbatchev le repu, actionnaire principal de deux sociétés florissantes, ne parle jamais du socialisme, mais il évoque l’Europe, l’unification allemande, à laquelle il est fier d’avoir participé, même s’il nie sans grande conviction l’avoir organisée. Pas un mot pour dénoncer le chômage et la mal  vie, mais au contraire, notre renégat se réjouit que, selon lui, la majorité des Russes soit d’accord avec l’économie de marché.

 

Les paroles d’un tel personnage ne font qu’apporter de l’eau au moulin de ceux qui pensent que la RDA fut victime d’attaques tous azimuts de la part de l’impérialisme et qu’elle tomba non parce que le socialisme y était erroné ou criminel mais parce que les grands capitaliste ne toléraient pas l’existence d’un pays moderne dans lequel les moyens de production étaient aux mains des travailleurs. A preuve l’acharnement à effacer les traces de l’existence d’un Etat socialiste allemand, en niant toutes ses juridictions, en détruisant ou vendant à l’encan ses réalisations industrielles les plus modernes à faire passer pour des criminels les dirigeants de la RDA. A cet égard, la destruction du mur est un symbole heureux pour les tenants de l’impérialisme, comme l’emprisonnement d’Erich Honecker dans la prison de Moabit, en 1990, dans cette même prison qu’il avait connue en 1933 sous le nazisme…

 null Erich Honecker, fidèle à ses convictions communistes,

fait face à la "justice" des revanchards.

 

Nous laisserons pour terminer la parole à ce militant communiste : voici un extrait de ce qu’il a pu écrire lors de sa seconde détention à Moabit. Il s’agit d’un extrait d’un écrit publié à Berlin en 1994, après la mort d’Erich Honecker, sous le titre "Notes de Moabit".

« Depuis que le capitalisme existe, les communistes appartiennent au camp des persécutés de cette terre mais pas au camp de ceux qui n’ont pas d’avenir. Ce que nous avons réalisé pour faire vivre le socialisme sur le sol allemand n’a pas été fait en vain. Nous avons travaillé avec les partis chrétiens démocrates et libéraux de l’Est dont divers responsables se sont précipités rapidement vers les nouveaux maroquins gouvernementaux après 1989. Nous avons agi pendant quarante ans dans de difficiles conditions. Ce qui fut réalisé jouera un rôle dans l’avenir. Je pense aux rapports de production socialistes qui offraient à tous un travail, une sécurité sociale digne de ce nom, des logements aux loyers abordables, qu’ils soient ou non en béton, des crèches, des écoles maternelles, des clubs de jeunes et une vie culturelle et spirituelle de haut niveau.

Il existera une société qui offrira des perspectives valorisant l’existence de tous : ouvriers et paysans, scientifiques, techniciens, enseignants, artistes, femmes, jeunes et vieux. Le capitalisme est arrivé à ses limites. On le qualifie d’"économie de marché" parce qu’on a honte de sa vraie nature. Sa disparition demeure certaine malgré les défaites que nous avons subis et les erreurs et les insuffisances dont nous aurions pu nous passer... malgré aussi toutes les trahisons d’individus dont la duplicité a dépassé toutes les bornes.

Le monde est devenu complètement chaotique et désorienté depuis que le socialisme a disparu du sol européen. S’autoproclamant les gendarmes du monde, les Etats-Unis agissent à leur guise et imposent, çà et là, le "nouvel ordre mondial" à coup de bombes et de missiles. Bien que de nombreux "théoriciens" aient surgi du néant pour se réclamer d’un marxisme rénové, bien qu’ils se soient efforcés de dérober le cœur même de la théorie marxiste ou de la réfuter entièrement, les faits restent têtus. Il y a des lois objectives qui décident de l’évolution des sociétés humaines. Le capitalisme présente une contradiction fondamentale : celle qui oppose le caractère social du travail et le caractère privé de l’appropriation. Cette contradiction demeure malgré la capacité du système capitaliste à changer notablement d’apparence au cours de son développement.

C’est seulement lorsque cette contradiction sera dépassée, lorsque ce ne sera plus le profit qui dirigera le monde, que les conditions d’une vie véritablement humaine seront créées pour chaque individu. On parle beaucoup de réalisation de soi-même. Cela ne peut évidemment pas consister dans la perspective d’une situation où, du fait, de l’utilisation croissante et des progrès constants des technologies de pointe, seuls 10% à 20% de la population auraient encore un travail. Une société nouvelle devra trouver à chacun une place. En tenant compte de toutes ces évolutions technologiques, mais en tenant compte aussi d’autres contraintes. Cela signifie en premier lieu un travail pour chacun. Le capitalisme en est incapable, c’est plus évident aujourd’hui que jamais. La course au profit, elle-même fixe désormais des limites au système capitaliste. Il existe donc des raisons sociales profondes et déterminantes pour que s’ouvre le chemin d’une société alternative. Celle-ci sera de nature socialiste, quelles que soient les spécificités de sa structure et les modalités de son organisation concrète.

C’est pourquoi, d’un point de vue historique, mon jugement n’est pas aussi pessimiste que celui, compréhensible, de la plupart de ceux qui furent surpris par le "tournant" de 1989. La question sociale restera dans l’avenir au centre des controverses publiques dans tous les pays capitalistes. Certains ont consacré leurs forces à la réalisation de ce fameux "tournant" contre-révolutionnaire. Ils croient encore aujourd’hui ou pour le moins affirment qu’ils voulaient ainsi améliorer le socialisme, qu’ils agissaient pour que les choses aillent mieux en RDA. Ils doivent aujourd’hui faire face à d’amères réalités. Tous, nous voulions un socialisme qui soit encore meilleur. Ce qui avait été atteint ne nous a jamais suffit. Tous ces petits "réformateurs" n’ont cependant réussi qu’à livrer le socialisme à ses ennemis parce qu’ils ont écouté le grand "réformateur" : en 6 ans, celui-ci a réussi à désarmer le P-C-U-S-, dont il était Secrétaire Général et à mener l’U.R.S.S. à l’anéantissement. » »

 

Fin

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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 12:12

Vous trouverez ci-dessous la première partie d’un texte écrit par le camarade Jean Grimal à l’occasion de l’anniversaire de la chute du Mur de Berlin. Vous ne serez pas sans remarquer que l’auteur a des opinions plus tranchées que les miennes

Toutefois, on trouve bien un témoignage d’une « simple » citoyenne dans la « RDA vue d’en bas » ou une critique de film d’un autre camarade dans « La vie des autres ou l’histoire malmenée », alors pourquoi n’accueillerait-on pas une analyse « orthodoxe » de la fin de la RDA prise dans le contexte plus général de la défaite du camp socialiste ?

 

 

I/ RDA et pays socialistes : rétablir la vérité face à la propagande capitaliste

 

« La chute du mur de Berlin : que commémorentils ?

 

Un tapage sans précédent est organisé, notamment par mes media, véhicules habituels de l’intoxication et de la désinformation, autour de l’anniversaire de la chute du mur de Berlin. On sent bien que, pour les capitalistes du monde, et spécialement de France, cet événement fait chaud au cœur. A tel point que Radio France, organe de l’Etat capitaliste au service des actionnaires, va se fendre d’une journée d’émissions spéciales pendant l’ensemble de la journée. Bien sûr, les journalistes protestent… Mais c’est seulement parce qu’ils veulent dix émissions différentes au lieu d’une seule sur toutes les chaînes de radio.

Evidemment, pour les héritiers des Wendel, Prouvost, Renault, Lehideux, Schneider, qui, depuis les années trente jusqu’en 1945 pour certains d’entre eux, ont choisi Hitler, ont vendu la France pour cela, puisque leurs dividendes augmentaient, la destruction du mur est un souvenir bien plus suave que la victoire de l’Armée rouge contre le nazisme les 8 et 9 mai 1945…

Voyons un peu ce que cherchent les idéologues de l’impérialisme à travers cette commémoration.

 

1. Il faut enterrer l’idée communiste

 

Le message est spécialement à l’attention des peuples des pays capitalistes d’Europe de l’ouest, spécialement le nôtre. Il s’agit de rappeler à celles et ceux qui auraient des velléités de contester le capitalisme, ce que les religieux monothéistes appellent la « doxa », la loi immuable. Cette loi immuable consiste en un article unique : « Le communisme est mort. »

 

Avec celui de la chute du mur de Berlin, nous fêtons l’anniversaire de la fameuse déclaration de l’historien américain Fukuyama qui proclama la « fin de l’Histoire ». L’obsession de nos dirigeants politique, de la bourgeoisie qu’ils représentent et de tous les parasites à leur service, historiens stipendiés ou journalistes, est d’empêcher la perception par les salariés de l’existence d’une autre conception du monde basée sur la propriété collective des moyens de production et d’échange.

 

Cette affirmation renouvelée qu’il n’y a plus de socialisme, plus d’idée communiste, révèle, si on l’analyse entre les lignes, la peur perpétuée de voir renversé le pouvoir de la bourgeoisie. Marx et Engels l’écrivirent en leur temps, dans le Manifeste du parti communiste  : « Un spectre hante l’Europe : le communisme. »

 

Il n’y a là rien de neuf. C’est la même « peur de la sociale » qui avait motivé les grands capitalistes Krupp et Thyssen allant chercher Hitler et fabriquant le parti nazi ; Reagan écrasant le régime populaire de l’Ile de la Grenade et finançant les « Contras » au Nicaragua ou encore Robert Schuman, ancien ministre de Pétain et valet des maîtres de forges créant la Communauté européenne…

 

2. Il faut faire oublier que tout ne va pas si bien pour l’impérialisme

 

Plusieurs émissions de télévision, notamment sur la très anticommuniste Arte, nous ont alertés sur un phénomène qui court dans l’est de l’Allemagne baptisé l’ostalgie. Voilà donc des gens qui vivent dans le paradis de la liberté capitaliste et ont le culot de regretter les temps de l’ancienne RDA, qui était pourtant un régime qualifié de totalitaire.

Mesurant concrètement la différence de leur condition de vie entre avant et après 1989, un nombre non négligeable d’Allemands de l’est pensent qu’ils ont beaucoup plus perdu que gagné à la chute du mur. Ils ont troqué une société sans chômage, dans laquelle les besoins essentiels étaient satisfaits contre une liberté de consommer totalement illusoire, puisque l’on n’a pas les moyens d’acheter.

 

Tout cela n’est pas de nature à rassurer les idéologues de l’impérialisme, alors nos journalistes français glosent sur les mauvaises raisons des « ostalgiques », se moquent d’eux avec un rien de mépris ; mais les faits sont là…

 

3. Il faut encore et toujours mentir, déformer la vérité sur le socialisme

 

Au milieu de tas d’autres opérations, notamment autour de la seconde guerre mondiale, les idéologues bourgeois ne se privent pas d’en rajouter une louche dans l’anticommunisme. Ils font feu de tout bois et l’occasion de taper encore sur les sociétés collectivistes ne se refuse pas.

 

4. Rétablissons la vérité historique

 

La RDA était la 7e puissance économique mondiale, et, contrairement à ceux de certains des pays socialistes voisins, ses habitants disposaient d’un niveau de vie le plus haut de tous les pays socialistes et comparable à celui des grands pays capitalistes de l’ouest, encore même au moment de sa fin ; et ce malgré les effets de ralentissement de l’économie socialiste soviétique dus à la période dite de la stagnation (le temps de Brejnev) et au fonctionnement du COMECON, où, depuis les années soixante-dix, les décisions se prenaient un peu trop en fonction des seuls intérêts soviétiques.

 

En 1989, la RDA était un pays industriel moderne, doté d’une agriculture compétitive et d’un système social quasiment sans exemple nullailleurs dans le monde. L’aciérie à convertisseur d’Eisenhüttenstadt était la plus moderne d’Europe. L’agriculture nationale approvisionnait, depuis les années 1980, le commerce alimentaire. Le chômage était, pour les citoyens de la RDA, un mot exotique. Tout cela dans un pays qui ne disposait d’aucune matière première économiquement stratégique et devait donc les importer.

 

Pourtant, ce petit pays de 17 millions d’habitants était né sur les décombres laissés par la seconde guerre mondiale : en 1945, 40 % des installations industrielles et 70 % des centres de production d’énergie étaient détruits sur le territoire de ce qui devait devenir la RDA. Lançant la politique de guerre froide, les dirigeants US organisèrent un véritable blocus contre la zone d’occupation soviétique, puis contre la RDA. La division en deux Etats de l’Allemagne fut le fait des impérialistes états-uniens et britannique qui décidèrent unilatéralement la création de la RFA conservant le cœur industriel et énergétique de l’ancien Reich en mai 1949.

 

La riposte des soviétiques et des Allemands de l’est fut, en octobre 1949, la création de la RDA. Elle fut portée sur les fonts baptismaux par Wilhelm Pieck, Otto Grotewohl et Walter Ulbricht (dirigeants communistes et sociaux-démocrates réunis en 1946 dans le parti socialiste unifié S.E.D.) mais aussi par Otto Nuschke, Wilhelm Kuelz et Johannes Dieckmann (dirigeants chrétiens-démocrates et libéraux restés en R.D.A.) Il s’agissait de rendre une vie meilleure possible pour la population qui habitait désormais la RDA : 17 millions de personnes dont 4,3 millions de personnes déplacées. Dans cette action, le SED fut soutenu par des partis traditionnellement implantés dans la bourgeoisie. La RDA fut fondée à l’initiative du bloc antifasciste des partis démocratiques grâce à un mouvement de masse très large « pour l’unité et une paix juste ».

Les fondateurs de la RDA se lançaient dans une entreprise titanesque : il fallait réorganiser de fond en comble la société que leur avaient léguée les capitalistes et les propriétaires fonciers, cette société marquée par le fascisme et par la guerre.

L’Allemagne de l’est ne disposait pas, en 1945, des cadres nécessaires pour diriger l’industrie et l’agriculture. Personne ne savait qui pourrait prendre la tête d’entreprises comme Buna ou Zeiss. Cette question ne fut résolue que plus tard, après un puissant effort de formation et, dans beaucoup de secteurs, pas avant la fin des années 50.

 

5. Quels besoins la société socialiste avait-elle satisfaits en RDA ?

 

Il existait une totale sécurité en matière sociale, garantie par le caractère socialiste des rapports de production.  Les réalisations furent exemplaires en matière de construction de logements, de conventions collectives, de possibilités de vacances offertes à tous à des prix abordables. L’Etat socialiste a ouvert la voie des universités aux enfants d’ouvriers et de paysans. La condition des femmes était une des plus avantageuses en Europe (salaire égal, contraception, divorce, etc.). On y vit la création systématique de crèches pour les enfants, d’écoles maternelles ainsi que d’autres institutions leur étant destinées, la mise en place de l’école de dix classes, moderne et d’enseignement général qui nivelait le chemin de la vie devant tous les enfants issus du peuple, un système de formation professionnelle initiale correspondant aux besoins, englobant toutes les branches professionnelles et débouchant pour tous sur un emploi, la multiplication des grandes écoles et l’extension du système de santé. Il y eut et il reste de grandes réalisations culturelles, ce qui fut reconnu dans le monde entier.

Les créateurs de la RDA étaient des Résistants, de farouches antinazis, bien plus que leurs collègues de l’ouest. Aussi, au nom du socialisme, renoncèrent-ils à la tradition impérialiste et dominatrice des gouvernants allemands. La contribution à la paix mondiale et spécialement européenne de l’Etat socialiste allemand fut sans commune mesure. Par exemple, la reconnaissance internationale de la ligne Oder-Neisse n’aurait pas été possible sans la politique de la RDA Celle-ci négocia et ratifia le traité de Görlitz (traité par lequel la RDA reconnut sa frontière avec la Pologne, 100 000 km2 au détriment de l’Allemagne) et se préoccupa de garantir le caractère pacifique de la nouvelle frontière avec la Pologne. Cela ne fut pas sans mal, et il fallut se heurter à l’incompréhension des citoyens parmi lesquels on comptait près de 4,3 millions de "personnes déplacées" de ces régions. »

A suivre...

 

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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 13:18

« Dès le mois de mai 1945, le commandement soviétique de Bautzen autorisa la Domowina à reprendre une activité politique. En 1948, donc avant même la création de la RDA le 7 octobre 1949, le Land de Saxe adoptait une loi sur la protection des populations sorabes qui

 

  • officialisait le bilinguisme dans les lieux publics ;
  • faisait du sorabe une langue d'enseignement ou une matière obligatoire pour les enfants sorabes dans l'enseignement primaire et secondaire.

 

Cette loi est reprise en 1950 par le Land du Brandebourg, mais sous forme d'arrêté. Le gouvernement de la RDA apporte un soutien ostensible à la culture sorabe, qui s'appuie sur la Domowina. Elle dispose de cinq députés à la Chambre du peuple. En 1952, le sorabe peut être langue d'enseignement dans certaines écoles, langues faisant l'objet d'un enseignement dans d'autres. En 1968, les Sorabes sont même reconnus comme une nationalité dans le cadre de la citoyenneté de la RDA.timbre-poste

 

 

On assiste à la renaissance des coutumes et au développement de la littérature sorabe.

Tout n'est pas rose pour autant. Les Sorabes ont été touchés par la réforme agraire et la collectivisation des terres. Et, surtout, le développement des exploitations de lignite, pour répondre aux besoins en énergie de la RDA, a provoqué la destruction de plus de la moitié des villages sorabes et l'installation de populations de langue allemande. »

Ce passage de l’excellent site de Jacques OMNES a pour mérite, en dehors du fait de m’épargner l’écriture d’un article, de faire un sort à l’accusation d’uniformisation porté au socialisme en général et au socialisme "prussien" en particulier. Quant aux faits évoqués dans le dernier paragraphe, ils relèvent autant de l’évolution des territoires et des besoins de l’économie que de des décisions proprement politiques.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 12:22

Et oui, l’Allemagne qu’on aime a sa maison...

 

Cette vénérable demeure nous est présentée dans un dépliant de Die Linke distribué à l’occasion de la fête de L’Humanité.

 

« La maison Karl-Liebknecht

La maison Karl-Liebknecht à la Rosa-Luxemburg-Platz de Berlin est le siège du parti DIE LINKE. Ayant été construite en 1912 comme bâtiment d'usine, la maison a vécu beaucoup en tant que témoin de l'histoire allemande. En 1926, le Parti communiste d'Allemagne (KPD), qui y a résidé, lui a attribuée le nom de Karl Liebknecht, un de ses fondateurs. En 1933, la maison était occupée par les nationaux-socialistes avant qu'elle soit rendue au parti SED qui l'a reconstruite. Depuis 1977, elle est classée monument historique. Puis, en 1990, le parti PDS en a fait son siège et cinq ans plus tard la maison Karl-Liebknecht lui était confiée. »

En 1933.

Aujourd'hui.

 

 

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 13:17

Sans vergogne, je me permets de copier un article d'un autre bloc-notes qui complète mes textes sur la révolution de 1918-1919 et celui sur la commémoration du centième anniversaire de la naissance de l'écrivain Romain Rolland.

 

RevueCommuneRosaLuxemburg

 

 

 

En mai 2000, la revue La Commune consacrait son numéro à Rosa Luxemburg. Le premier article est un document: un article de Romain Rolland publié en février 1919 après l'assassinat de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. Il s'ouvre sur la mise en garde face à la résurrection des forces du militarisme, de la monarchie et sur la description d'une foule nationaliste à l'œuvre (on y décèle déjà les forces qui permettront l'émergence d'Hitler) et se termine par ces mots :

 

... Et dans combien d'esprits devaient retentir les dernières paroles du chef, le dernier article écrit par Liebknecht  dans   la Rote Fahne la veille de sa mort, « Malgré tout » de Spartacus expirant.

 

Malgré tout.

 

Spartacus écrasé ! Oui, ils ont été écrasés. Les ouvriers révolutionnaires. Oui, cent de leurs meilleurs ont été massacrés. Cent de leurs plus fidèles ont été jetés en prison. Oui, ils ont été écrasés. C'était une nécessité historique qu'ils fussent écrasés. Les temps n'étaient pas mûrs encore ... Mais il y a des défaites qui sont des victoires; et il y a des victoires qui sont plus funestes encore que des défaites. Les vaincus de la semaine sanglante de janvier ont lutté pour des choses grandes, pour le plus noble but de l'Humanité souffrante, pour la rédemption morale et matérielle; ils ont versé pour des choses saintes leur sang qui est devenu saint. Et de chaque goutte de sang surgiront les vengeurs... Le chemin de croix de la classe ouvrière allemande n'est pas encore fini. Mais le jour de la rédemption approche. Le jour du jugement universel pour Ebert, Scheidemann, Noske, et pour les potentats capitalistes qui se cachent derrière eux. Si nous ne vivons plus quand le but sera atteint, notre programme vivra. Il dominera le monde de l'humanité rachetée. Malgré tout.

 

Plus d'une fois ce malgré tout retentira comme un cri de ralliement, dans les batailles sociales de l'avenir. Les répressions sanglantes ne l'étoufferont jamais. Mais c'est la première fois que le socialisme se trouve du côté du pouvoir contre le prolétariat. Situation bien grave qui en accentuant l'isolement du prolétariat, risque de donner à ses luttes un caractère d'âpreté désespérée dont le monde souffrira. Ces frères ennemis ne le comprendront-ils pas ? Les passions personnelles n'abdiqueront-elles pas devant l'intérêt commun ? Le récit que je viens de faire de ce « janvier rouge » à Berlin, montre qu'en tout cas, le peuple ouvrier voit plus clair que ses chefs et voudrait l'union de tous les travailleurs. Ce n'est pas d'aujourd'hui que nous savons qu'il y a plus de bon sens dans le peuple qui travaille que dans la bourgeoisie qui est sortie de lui et se hâte de le renier. Ces cinq années de guerre ont mis en pleine lumière sa supériorité de raison saine et humaine sur ses chefs empoisonnés d'orgueil et d'idéologie.

KarlLiebknechtHaus.jpg

 

Source : http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-l-article-de-romain-rolland-apres-les-assassinats-de-r-luxemburg-et-k-liebknecht-51065044.html

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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 13:26

Les contempteurs du « socialisme réel sont souvent silencieux quand il s’agit de répertorier les crimes et les abus du « capitalisme réel ».

PlakatKpd-Verbot.jpgLa plupart des anticommunistes ne s’encombrent pas de nuance pour envoyer en enfer la « RDA totalitaire » pendant qu’ils encensent la « vertueuse RFA ». Dans leur représentation allégorique celle-ci incarne la Liberté terrassant le Mal.

Les chroniqueurs de l’air du temps « oublient » que cet Etat, dans les années 1950, est infiltré par les nazis (régulièrement démasqués par le Mfs – la Stasi-), ne trouve rien de plus urgent que de persécuter l’opposition anticapitaliste et d’interdire le Parti communiste (KPD).

Dès le 19 septembre 1951, les communistes sont chassés des emplois fédéraux. Cette situation durera des années.

Un peu plus tard, les dirigeants communistes sont condamnés pour avoir rédigé, avec des responsables du SED, et diffusé un programme de réunification nationale. C’est étrange, nos médias qui sont tous allés à Berlin n’ont pas pensé à saluer ces courageux précurseurs. On se demande bien pourquoi…

Le tribunal constitutionnel, après avoir subi des pressions de l’exécutif, prononce le 17 août 1956 une sentence d’interdiction du KPD. Certes, ce parti, affaibli par la persécution nazie et la guerre, subissant une terrible campagne anticommuniste digne des régimes franquiste et salazariste, est passé de 5,7 % des voix en 1949 à 2,2 % en 1953. Mais la répression ne frappe pas que le KPD, elle s’étend à des gens de gauche non communistes et vise à empêcher toute velléité d’opposition au système. Sont interdits : l’Union démocratique des femmes, le Jeunesse libre allemande, la Société d’amitié avec l’Union soviétique, etc. des membres du Mouvement de la paix seront condamnés à de la prison ferme en avril 1960.

PlakatKpd-Verbot-1977.jpgOn ne peut faire « l’impasse » sur l’attitude de la social-démocratie.  Celle-ci explique en partie l’acharnement anticommuniste. Malheureusement, force est de constater que le SPD, une fois débarrassé de ses éléments de gauche, poursuit sa politique d’alliance avec la bourgeoisie. C’est déjà cette stratégie qui avait permis l’écrasement de la révolution spartakiste, la répression du mouvement de 1923 dans lequel apparaissent les centuries prolétariennes et l’avènement du fascisme.

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  • : Bienvenue sur une "ALLEMAGNE SOCIALISTE". Bonjour ! Ce bloc-notes virtuel fait par un Français a pour but de donner une autre image de cette autre Allemagne. Il s'appelle "Une Allemagne socialiste" car il traitera essentiellement de la République démocratique allemande (RDA) mais aussi parce que Joseph espère que ses voisins d'outre-Rhin construiront une Allemagne socialiste... --- Benvenuto su "UNE ALLEMAGNE SOCIALISTE" ("UNA GERMANIA SOCIALISTA").Buongiorno !
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